Le textile innovant

Repères

14 850 salariés

685 entreprises

2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires

20% du chiffre d'affaires national

50% des entreprises réalisent au moins un quart de leur chiffre d'affaire à l'export

Qu'est-ce qu'un textile "intelligent" ?

Par définition, « tous les textiles sont intelligents », expose Jean-Charles Potelle, président d'Unitex. Mais la nouvelle génération de « smart textiles » ajoute une autre fonction à des tissus : celle de communiquer des informations. Savoir
par exemple si une personne âgée est tombée grâce à un capteur de verticalité glissée dans un vêtement, ou mesurer à distance le pouls ou la pression artérielle d'un patient ou d'un sportif. L'enjeu industriel est de mettre au point des
connexions fiables, susceptibles de donner ces informations et de résister à de multiples lavages alors que les précédentes particules d'odeurs encapsulées ne résistaient pas à trois ou quatre passages dans une machine à laver.

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Une industrie textile régionale de pointe

Tout en conservant des activités traditionnelles de filature, tissage et confection de soieries, l'industrie textile régionale sait innover, se renouveler. Dans le domaine de la santé, de l'automobile, du sport... Des tissus sont capables d'arrêter les flèches de tir à l'arc, des tee-shirts équipés de capteurs mesurent le rythme cardiaque ou la pression artérielle.

Pierre, François, Paul et la fibre de verre. L'histoire de l'entreprise Pierre Genin et Cie(PGC) ressemble à un titre de film de Claude Sautet. Au coeur de ce scénario industriel, la complicité de trois frères élevés dans une famille de soyeux lyonnais, pionniers du verre tissé en France. Renommé pour la production de toiles en soie pour parachutes et ballons captifs, PGC fut l'un des premiers à maîtriser le tissage du verre. Après la Libération, ses tissus très fins trouvèrent de nombreuses applications. Ils furent adoptés comme isolants par les chemins de fer français et pour le premier sous-marin atomique, le Nautilus. Ils servirent ensuite à renforcer des pneumatiques, à équiper des avions ainsi que la barge d'exploration polaire de Paul-Émile Victor.
De 1946 à 1958, une trentaine de brevets ont été déposés dans les tissus industriels synthétiques, le traitement des tissus de verre, les tissus imprégnés. De l'atelier de prototypage de pièces stratifiées, aménagé au début des années 1950, sont sortis une aile de traction avant en panneau sandwich, la dérive du Mystère II de Dassault, les premiers gilets pareballes et canots de sauvetage de la marine nationale. Aujourd'hui sur son site des Avenières en Isère est implantée la plus grande usine de tissage de carbone au onde. Reprise par le groupe américain Hexcel et réunie à un autre tisseur lyonnais, Brochier, l'entreprise équipe les Airbus A320 et A400 M, ainsi que les Falcon et Rafale de Dassault.

Des tissus pour arrêter les flèches de tir à l'arc

Le destin croisé de Genin et Brochier illustre de belle manière l'évolution régionale de l'industrie textile. Tout en conservant des activités traditionnelles de filature, tissage et confection de soieries, ce secteur a su innover, se renouveler et se diversifier dans les textiles de santé autour de Thuasne, Sigvaris et Gibaud dans l'agglomération stéphanoise. Dans les textiles techniques avec des sociétés comme Porcher, Chomarat et Serge Ferrari pour l'architecture. Certaines de ces entreprises sont capables de fabriquer des airbags sans couture ou des parechocs automobiles d'une seule pièce. Symbole de cette mutation, Boldoduc est devenu, avec le concours du champion olympique Sébastien Flute, le premier fabricant mondial de tissus capables d'arrêter les flèches de tir à l'arc. Il en produit 150 tonnes par an, notamment pour les États-Unis où il équipe les écoles participant au programme d'éducation à la pratique du tir à l'arc.
Pour Jean-Charles Potelle, PDG de Boldoduc et président d'Unitex qui rassemble l'ensemble des branches d'activité de l'industrie textile, Rhône-Alpes est la première région française dans les textiles innovants, devant le Nord-Pas-de-Calais. Elle se situe au deuxième rang européen après l'Allemagne, en particulier dans les tissus techniques à base de polyamide, de fibres de verre et de carbone, ou de Kevlar. Elle doit cette position à une longue tradition industrielle, à une trame fournie d'écoles d'ingénieurs et de pôles de compétitivité comme Minalogic et Plastipolis, avec lesquels elle entretient des relations suivies.

Des tee-shirts avec capteurs

« En Rhône-Alpes, nous disposons de toute la filière jusqu'aux textiles intelligents », remarque l'industriel lyonnais, en phase avec l'un des 34 plans industriels stratégiques promus par le ministre de l'Économie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg. À condition de savoir « attirer les talents » vers une filière qui ne véhicule pas forcément une image attractive auprès des jeunes générations.
Comme le fait l'entreprise lyonnaise Cityzen Sciences avec ses tee-shirts intelligents : ils intègrent des capteurs qui transmettent un certain nombre d'informations comme le rythme cardiaque, le niveau de transpiration des sportifs, des indications de température, de déshydratation, très précieuses pour les entraîneurs. Cette fibre résiste de surcroît à plus de six cents lavages et à l'impression d'un motif sur le tissu. Créée en 2008, Cityzen Sciences pilote le projet industriel Smart Sensing sur les textiles connectés, en liaison avec le Laboratoire d'électronique et de technologies de l'information du CEA, le groupe textile ardéchois Payen, le numéro un français des services industriels en électronique Éolane, le distributeur spécialisé Cyclelab, Bpifrance et des clubs sportifs comme l'ASVEL et l'ASSE.

Des tissus transparents isolants

Dans un tout autre registre, Schappe Techniques intègre dans ses fils des matières comme le carbone, les aramides, l'acier, les thermoplastiques : ils confèrent à ces produits des propriétés de résistance à haute température pour des équipements de protection individuelle ou contribuent à la fabrication de freins et d'embrayages de voiture de compétition haut de gamme. « On peut produire en France à condition d'être très innovant sur des marchés de niche », indique son gérant, Serge Piolat.
Une conviction partagée par François Lacquemanne, directeur général de Mermet. Après quelques difficultés, il s'est recentré sur sa spécialité : les tissus techniques à base de fils de verre enduits pour la protection solaire, la signalétique, l'absorption des sons. L'un des derniers tissus transparents conçu par l'entreprise réfléchit 76 % de l'énergie solaire, filtre 96 % des rayons lumineux. Ce tissu agit comme un isolant, il capte la chaleur sans la restituer, contribue à la réduction énergétique liée à la climatisation, à l'éclairage et au chauffage. Cette politique d'innovation forte contribue au redressement de l'entreprise qui a concentré toutes ses activités sur son site de Veyrins-Thuellin. Un exemple probant.

Serge Ferrari se distingue au Brésil


La récente Coupe du monde de football a mis en lumière le savoir-faire de l'entreprise iséroise Serge Ferrari. Le fabricant de matériaux composites à base de microcâbles en polyester a équipé trois des stades du Mondial brésilien, notamment celui de Cuiabá. Dans la capitale du Mato Grosso, ville réputée pour être la plus chaude du pays, Serge Ferrari a conçu une façade microclimatique ayant la particularité de laisser l'eau s'évaporer de bassins situés à proximité immédiate des tribunes et de rafraîchir ainsi l'atmosphère. Quelque 75000 m2 de toiles entièrement recyclables ont été mis en place dans ces trois arènes sportives. Présente depuis dix-huit ans en Amérique latine, l'entreprise familiale iséroise a réalisé d'autres couvertures d'enceintes sportives, de stations de métro, de centres commerciaux au Chili, en Argentine, au Venezuela, au Brésil, d'autres toiles pour les Jeux olympiques de Londres. Serge Ferrari tire les trois quarts de ses 140 millions d'euros de chiffre d'affaires de l'export. De ses trois usines, en Suisse et à la Tour-du-Pin, sort toute une gamme de matériaux composites utilisés pour l'architecture, pour des écrans d'étanchéité, de protection solaire, pour des mobiliers et le yachting, pour des structures légères modulaires industrielles, de traitement des eaux ou de biogaz par exemple.