Les roses

50% des plants sont issus de Rhône-Alpes

  • Aujourd’hui, plus de la moitié des rosiéristes créateurs français sont installés en Rhône-Alpes et environ 50 % des plants de roses français y sont produits. Les obtenteurs lyonnais sont également partenaires, avec le Jardin botanique de Lyon, du laboratoire Reproduction et Développement des plantes de l’École normale supérieure. En marge du Congrès des sociétés de roses, une rencontre scientifique a d’ailleurs lieu sur le génome du rosier.

70 peintres de fleurs à Lyon

  • Dans la seconde moitié du XXe siècle, sur 80 variétés créées dans le monde chaque année, plus de la moitié proviennent des établissements lyonnais. À cette époque, on dénombre également à Lyon, plus de 70 peintres de fleurs, tel Simon Saint- Jean, qui en cultive dans son jardin d’Écully et auquel le rosiériste Jean Liabaud dédiera une rose.

Peace ou Cuisse de nymphe émue

Baptiser une nouvelle rose est l’occasion de rendre un hommage. Une centaine de roses portent ainsi le nom de Lyon. Peace, créée par Meilland en 1945, a célébré la fin de la guerre. Les rosiéristes honorent aussi leur femme, leur père ou des personnalités, comme Madame Édouard Herriot ou Bernard Pivot. Mais Pierrick Eberhard remet la palme de la poésie à cette rose ancienne : Cuisse de nymphe émue.

Lyon, la vie en roses

Le Congrès mondial des sociétés de roses s'est tenu à Lyon en mai. Entre 1860 et la Première Guerre mondiale, 60 % des roses créées dans le monde venaient de Lyon et de sa région, au cœur d’une intense activité de recherche, de création, d’expositions et concours. Cette histoire croise l’essor de véritables dynasties dont certaines, six générations après, dirigent toujours ces entreprises très florissantes. La moitié des plants de roses français sont encore produits en Rhône-Alpes.

Ce printemps, Lyon était la capitale de la rose. Elle a accueilli le Congrès mondial des sociétés de roses. Une première en France, qui a été l’occasion de faire revivre l’époque, entre 1860 et 1914, où 60 % des roses créées dans le monde l’étaient à Lyon. Depuis la Renaissance, la fertilité des sols, le climat tempéré de la région, les échanges commerciaux intenses puis la présence de nombreux imprimeurs diffusant les connaissances ont contribué au dynamisme de l’horticulture. Mais c’est une Parisienne née en Martinique qui, vers 1805, fait s’épanouir la rose lyonnaise. Rose de Beauharnais, devenue l’impératrice Joséphine Bonaparte est passionnée de plantes. Émue par l’accueil triomphal que font les Lyonnais au couple impérial, elle offre une partie de ses collections du château de La Malmaison au Jardin botanique de Lyon. « Elle lance aussi littéralement la mode, en commandant aux soyeux lyonnais, et aux peintres qui travaillent pour eux, des étoffes aux motifs de ses fleurs préférées », raconte la présidente de Roses anciennes en France, Josiane Pierre-Bisset, passionnée… jusqu’à la garde-robe, très rose.

L'invention de la rose moderne

Les rosiéristes lyonnais sont alors pris d’une intense fièvre créatrice, aiguillonnés par l’organisation, entre Rhône et Saône, de plusieurs expositions internationales. Au gré de ses semis, Jacques Plantier, installé le long de l’actuelle grande rue de la Guillotière, fait naître, dès 1825, le premier rosier hybride remontant, c’est-à-dire avec deux floraisons. Son nom : Gloire des rosomanes. En 1843, Jean Beluze obtient, sur les pentes de la Duchère, une délicate rose bourbon dénommée Souvenirs de la Malmaison, car « en voyant cette rose, raconte Pierrick Eberhard, écrivain « rosomane » lyonnais2, le tsar Nicolas, grand amateur, trouva qu’elle lui rappelait sa dernière visite à la Malmaison ». Douze ans plus tôt, pour les stimuler, la Société française des roses avait créé, au Parc de la Tête d’Or, une roseraie de compétition où les obtenteurs du monde entier concourent encore aujourd’hui. L’invention d’une technique révolutionnaire d’obtention, en 1867, par l’impétueux Jean Baptiste Guillot, marque une étape importante. En créant La France, le premier hybride de rosier thé, qui n’a, du thé, que le parfum, il ouvre la voie de la rose dite « moderne ». En effet, comme le rapportent les auteurs de l’ouvrage Fleurs, fruits, légumes – l’épopée lyonnaise3 : « Les hybrides de thé sont non froid, mais la perfection de leur forme, leur tenue en vase, leurs coloris et leur f loribondité [NDLR : aux fleurs abondantes] leur donnent plusieurs longueurs d’avance sur les roses déjà présentes dans les catalogues. » Joseph Pernet-Ducher, grand obtenteur lui aussi, « était appelé, un peu partout dans le monde, “le magicien de la rose” », rapporte Daniel Boulens, directeur des espaces verts de la Ville de Lyon. En tête de son palmarès : Soleil d’or, créée en 1900, « la première rose d’un jaune stable et fleurissant toute l’année ».

Une clientèle internationale

Tous ces pionniers étaient, à l’origine, des jardiniers venus trouver de l’embauche dans les grandes propriétés lyonnaises. Certains, comme Guillot, Pernet-Ducher, puis Meilland ont créé de véritables dynasties. Si l’urbanisation a progressivement bouté hors de la ville leurs exploitations, les entreprises se sont néanmoins maintenues et développées. « Je suis le représentant de la 6e génération », lance fièrement Mathias Meilland, l’un des responsables de la société familiale qui produit aujourd’hui dans le nord de l’Isère, comme Laperrière, rosiériste autrefois à Champagne-au-Mont-d’Or. En épluchant les livres de compte et les archives de ces familles, Nathalie Ferrand, historienne, a révélé4 l’élévation du niveau de vie d’une génération à l’autre : « Les Guillot, par exemple, ont acquis à la Belle Époque une clientèle très internationale, très aisée. Ils se sont ainsi élevés dans l’échelle sociale. » Pour preuve de cette notoriété internationale, la présence de personnalités telles que Grace Kelly, en 1964, lorsque le maire Louis Pradel, inaugure la roseraie de 100 000 rosiers, créée au parc de la Tête d’Or. « Ou encore, ajoute Josiane Pierre-Bisset, tous les pieds plus que centenaires de “Caroline Testoud”, une création Pernet-Ducher de 1890, qui fleurissent, encore aujourd’hui, à Portland, aux États-Unis ». Les les 300 000 visiteurs des manifestations prévues ce printemps et cet été à Lyon vont pouvoir se plonger dans le parfum de gloire de cette histoire lyonnaise, loin d’être à l’eau de rose.


À Bourg-Argental,les roseraies Paul Croix

Coloris fuchsia, cœur jaune très clair, voici la rose Parc du Pilat, issue d’un rosier buisson à fleurs groupées, très florifère. Cette rose était à l’honneur lors du 40e anniversaire du Parc naturel régional Pilat, à l’automne dernier. Créée par Dominique Croix, au sein des pépinières et roseraies Paul Croix à Bourg-Argental, elle illustre la vitalité du domaine fondé au début du XIXe siècle. Dominique Croix et Jacques Ranchon, héritiers d’une longue tradition, mettent leur passion au service du public en réalisant chaque année des milliers d’hybridations, en ouvrant les pépinières et leur immense jardin au grand public pour faire partager leur amour des roses. Peut-être un jour trouveront-ils la « rose parfaite », celle de leurs rêves…

  • www.pepinieres-paul-croix.com