La salopette Adolphe Lafont

Elephant ?
« A. Lafont », bien sûr, avec l'accent américain... Tel était le petit nom de la salopette française en version rose, si branchée dans le New York des seventies.

Chiffres-clés

1974 : Coluche joue son premier sketch dans sa fameuse salopette à rayures bleues et blanches :  « une Lafont ».

« Adolphe Lafont Lyon » fut la première marque de vêtements professionnels créée en France, en 1896.

Nouveau plan social chez Adolphe Lafont, à Villefranche


Depuis 2000, le nombre de salariés de Kwintet France
(ex-Lafont), à Villefranche-sur-Saône, était passé de plus de 200 à 121. En mars dernier, la direction du groupe a supprimé à nouveau quinze postes sur le site : « Celui de la styliste et d'une assistante commerciale, cite Christine Nesme, déléguée CGT, mais aussi neuf postes dans les ateliers de prototypage et trois au patronage, dont les activités devraient être transférées en Lettonie. » Pour Patrice Chazal, directeur général adjoint de Kwintet France, « il s'agit de viser l'équilibre en 2009 ». En 2008, l'entreprise a réalisé un chiffre d'affaires de 37 M€, pour un résultat net de 917 K€.

Résistante. Pratique avec ses poches multiples. Confortable, grâce à cette taille qui a oublié la ceinture. Avantageuse pour les embonpoints naissants... Quelles qualités n'a pas la salopette Lafont ? Elle est le fruit d'une lente élaboration, démarrée au XIXe siècle, à Lyon.
C'est Louis Lafont l'aïeul qui, dès 1844, imagine de greffer une « poche mètre » sur un pantalon de charpentier. Une esquisse qu'améliorera le « largeot », pantalon haut de taille qu'Adolphe fils fait breveter en 1896.
De l'autre côté de l'Atlantique, Levi Strauss imagine alors ses premiers « Overalls », en toile denim (de Nîmes)... Mais faut-il, comme pour le cinéma, se disputer la paternité de la salopette ? Pour Geneviève Colas, passionnée de l'histoire de son quartier de Monplaisir, à Lyon, il faut plutôt se rappeler « comme l'histoire des vêtements de travail était intimement liée à celle de l'industrie, en articulier automobile. Je revois ces grappes d'hommes en bleu qui sortaient du travail. Ces femmes à poussette qui allaient chercher des pièces aux usines Lafont... »
En 1954, l'entreprise sort la 406, une salopette rajeunie dont le modèle est encore renouvelé en 1975, avec des couleurs bigarrées. 1968 et le goût des jeunes pour les vêtements populaires sont passés par là. La 406 fait la

une de Vogue : la mode de la salopette est lancée et désormais, le grand public ne la lâchera plus. Enfants, femmes enceintes, hommes, skieurs ou top models. Cette nnée encore, les grands couturiers l'ont fait défiler. La salopette se porte longue ou courte, en jean ou, plus habillée, en cuir miel.

L'archétype du vêtement de travail

Côté pros, c'est une autre histoire pour la fameuse cotte à bretelles. « On en vend moins », regrette Sylvie Pillet, vendeuse du dernier magasin lyonnais à l'enseigne Lafont. « Elle est moins demandée, confirme Laure-Emmanuelle Caillet, ex-styliste chez Lafont, pro du vêtement pro. Peut-être parce qu'elle est un peu l'archétype du vêtement de travail.
Aujourd'hui, les professionnels lui préfèrent souvent un style plus sportswear. » Ginette Francequin, psychologue et auteur d'un livre sur le vêtement de travail, garde quelque espoir : « Avec le retour et l'attachement aux métiers artisanaux, la salopette reviendra peut-être dans le coeur des professionnels. »

1844

Louis Lafont, venu des
Pyrénées, ouvre un magasin
d'articles textile à Lyon.

1875

Adolphe Lafont, son fils,
reprend le magasin
familial avant de créer
un atelier de tailleur.

1890

Adolphe, petit-fils de Louis,
reprend l'affaire familiale.

 

 

 

1904

Adolphe Lafont démarre
la construction d'une usine
de confection, à Monplaisir,
(Lyon 8e), avant d'acquérir
une teinturerie et de construire
une usine de tissage.

1954

Marcelle, fille unique
d'Adolphe, devient
administrateur
à la mort de son père.

1960-1970

Adolphe Lafont essaime
plus de 200 magasins
dans le monde.

1990

Les ateliers de Monplaisir
ferment et le siège social est
transféré à Villefranche.
2000
Le groupe suédois Kwintet
rachète Adolphe Lafont.

2005

Le dernier magasin détenu par la
société, rue des Frères-Lumière
(Lyon 8e), ferme ses portes.