L'Opinel, le couteau savoyard

En 1890, Joseph Opinel, taillandier à Albiez-le-Vieux près de Saint-Jean-de- Maurienne, fabrique les premiers modèles du couteau Opinel en douze tailles.

Chiffres-clés

45 % du chiffre d'affaires se fait à l'étranger.

210 millions d'exemplaires d'Opinel ont été vendus dans le monde.

Production annuelle : entre 2,5 et 3 millions de couteaux.

La main couronnée d'Opinel, dite main bénissante de saint Jean-Baptiste, figure sur les armoiries de Saint-Jean-de-Maurienne. La couronne placée au-dessus rappelle que la Savoie était autrefois un duché.

Un secret bien gardé


Impossible de pénétrer dans les ateliers Opinel
et encore moins d'y prendre des photos. Les secrets de fabrication du couteau, comme le façonnage du manche (en quinze secondes !), sont bien gardés. On peut comprendre aisément cette discrétion quand on sait que, comme de nombreuses marques, celle à la main couronnée est l'objet de contrefaçons. «Cela vient de partout dans le monde, mais nous gagnons tous nos procès car nous avons déposé notre marque et nos brevets dans de très nombreux pays ce qui nous coûte très cher, mais qui nous offre une protection efficace », explique une responsable du service marketing.

L'Opinel, une fine lame toujours à l'affût

présentation d'opinelConçu en Maurienne et fabriqué en Savoie à Chambéry, l'Opinel est un couteau à part, un mythe célébré dans le monde entier. Le best-seller de la coutellerie française continue son chemin en essayant toutefois de varier ses formes et nos plaisirs.

Rares sont les tiroirs de cuisine à n'avoir jamais abrité cette lame, outil essentiel de notre patrimoine. L'Opinel sert à tout. Il cueille les champignons ou les pissenlits, il taille les arcs et les flèches en noisetier des petits, il coupe la viande et dénude les fils électriques. Il a été utilisé par des millions d'anonymes, mais également par des mains plus connues. Ellen MacArthur, navigatrice et double vainqueur de la Route du rhum avoue s'en servir pour éliminer les cales qui se forment sur les paumes de ses mains. Toujours chez les marins, Alain Colas sauva sa peau en libérant sa jambe d'un lien avec un Opinel et Tabarly était un inconditionnel. Jean-Louis Étienne part en direction du Pôle en 1986 et n'oublie pas son couteau, Picasso s'en servait pour sculpter de petites pierres... Bref, ce couteau continue à marquer son temps et le règne de la main couronnée n'est pas près de s'achever.

Tout commence en 1890. Joseph Opinel, fils et petit-fils d'une famille de taillandiers d'Albiez-le- Vieux en Maurienne, met au point un couteau fermant qu'il baptise de son nom. La chose ne plaît guère à ses parents qui voient là une lubie de jeunesse. Mais le jeune homme persévère. En 1909, il dépose sa première marque, étape obligatoire depuis 1565, date à laquelle Charles IX, roi de France, ordonna que chaque maître coutelier appose son emblème sur ses produits afin d'en garantir l'origine et la qualité. Joseph Opinel opte pour la main couronnée, aujourd'hui connue sur les cinq continents. Les choses s'accélèrent, et en 1911, Joseph Opinel repart de l'exposition alpine de Turin avec la médaille d'or. Les colporteurs et commerçants régionaux avaient déjà fait connaître son produit phare, vendu en Suisse et en Italie et décliné en douze modèles, numérotés de 1 à
12. Les numéros 1 et 11 ont, par la suite été supprimés, le premier étant trop petit et le second trop proche, par sa taille, du numéro 12. Il s'agit aujourd'hui de pièces rarissimes, très prisées des collectionneurs.

En 1920, Joseph délocalise son entreprise aux portes de Chambéry, à Cognin, là où, aujourd'hui encore, les lames sont fabriquées. Vingt ans plus tard, 20 millions de couteaux ont déjà été vendus ! La société est prospère et continue son expansion. 1955 est une date clé : cette année-là, Opinel dépose le brevet Virobloc. Il s'agit de la bague de sécurité tournante, la virole, conçue pour bloquer la lame en position ouverte, garantissant ainsi une sécurité totale d'utilisation. Le système sera perfectionné en 2000 pour permettre le blocage de la lame en position fermée. L'Opinel a pris la forme qu'on lui connaît, il ne sera pratiquement pas modifié et les techniques de fabrication, si elles ont su s'adapter aux progrès technologiques, sont demeurées identiques à celles des premiers jours.

La lame est fabriquée en quatre étapes : on la découpe grâce à une presse de 120 tonnes, puis elle subit un traitement thermique (qui diffère s'il s'agit d'une lame « carbone », résistante, tranchante et facile à aiguiser, ou inoxydable et contenant du chrome). Elle est ensuite meulée et enfin polie, de différentes façons (standard, satiné ou poli-glace) en fonction des commandes et de la gamme à laquelle elle est dédiée. Le manche, lui, est fabriqué en deux temps: les fournisseurs en bois livrent des carrelets (parallélépipèdes en chêne, noyer, hêtre, olivier, buis...) à l'usine, qui vont être façonnés automatiquement. Puis il est verni, afin de résister à l'humidité, et marqué. Dernière étape : la lame et le manche vont être réunis, c'est ici que la bague de sécurité est installée, manuellement.

Petit à petit, Opinel a su s'adapter à la demande des consommateurs, et de nouvelles gammes ont vu le jour : à bout arrondi pour les enfants, couteaux de cuisine ou ustensiles de jardin, haut de gamme avec de manches en ronce de noyer... Mais il est difficile de toucher à un mythe sans le dénaturer, et le bureau d'études d'Opinel se doit d'être prudent. La marque de Chambéry annonce cependant, sans vendre la mèche... une belle surprise pour les consommateurs pour la fin de l'année 2006.

Voilà qui devrait assurer de belles heures à un couteau qui s'est vend à plus de 210 millions d'exemplaires dans le monde.

La forme de la lame

La forme Yatagan déjà utilisée il y a plusieurs siècles est la plus pratique.

La coupe

Pour obtenir une parfaite qualité de coupe, il faut prendre en compte trois paramètres :
la qualité de l'acier ;
le respect absolu des cycles de traitement thermique ;
l'aiguisage de la lame.

La bague de sécurité

La bague de sécurité a été améliorée sur toutes les gammes Opinel. En plus du blocage de la lame en position ouverte (sécurité d'utilisation), il est maintenant possible de verrouiller la lame en position fermée (sécurité de transport).

Le manche,

En majorité en hêtre, bois réputé pour sa résistance. Tous les manches sont revêtus d'un vernis polyuréthane naturel ou teinté. Une nouvelle technique de vernissage permet de garnir la totalité du manche, ce qui limite les dilatations en milieu humide.