Bioforce, association humanitaire

L'Institut BIOFORCE est une association indépendante présidée depuis 2013 par Mireille Guigaz, vice-présidente du Conseil d'administration du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Elle est liée par des conventions d'objectifs avec le Conseil régional et le ministère du Travail.

Bioforce emploie 60 personnes. Son budget s'élève à 4,5 millions d'euros, couvert pour les deux tiers par des fonds publics.

Un emploi neuf fois sur dix

250 stagiaires, dont une trentaine d'Africains et d'Européens, suivent chaque année les formations longues (de trois à neuf mois) de Bioforce.
Ce sont notamment des demandeurs d'emploi, recrutés par un concours axé principalement sur leur motivation.
Ils peuvent préparer cinq diplômes aux métiers de l'humanitaire : logisticien, administrateur, coordinateur de projet, responsable de projets nutrition ou eau, hygiène et assainissement, et un master de management humanitaire en partenariat avec Grenoble école de management.

Bioforce forme également des chargés de services généraux et logistique humanitaire, âgés de 18 à 22 ans à l'entrée en formation. 400 personnes sont également accompagnées chaque année dans leur démarche d'engagement humanitaire. À la sortie de formation, 80 % ont un emploi dans une ONG, une entreprise ou une association.

L'école de l'engagement solidaire

Fin mars, Saint-Laurent de Chamousset, dans les hauteurs des monts du Lyonnais. Deux groupes de stagiaires sont en manoeuvre. Les premiers, en formation de gestion de projet, cherchent à maîtriser la conduite tout-terrain de leur véhicule.

Auparavant, ils avaient vérifié l'état de leur 4 X 4 et appris à rouler en convoi humanitaire depuis le siège de leur école à Vénissieux. En contrebas, en bordure de deux bras de rivière, de futurs techniciens en eau et sanitation* ont pour mission de mettre en place une station de pompage de secours. Après avoir évalué la zone, ils doivent déterminer quels types d'approvisionnement en eau et quel traitement privilégier, sous l'oeil vigilant de leur coordinateur, Henri Meyer. Pour ce diplômé de l'Institut Bioforce, promo 1990, « cette formation essentiellement pratique, dispensée par des professionnels, permet aux élèves de parfaire leurs connaissances et de les transposer dans un contexte humanitaire ».

Sans équivalent en Europe, l'Institut Bioforce forme chaque année 250 stagiaires, le plus souvent en situation professionnelle. Cette pédagogie de l'action humanitaire incite les élèves à réfléchir à leur comportement, à leurs capacités avant de se lancer dans des opérations de solidarité « respectueuses des autres ». Ils peuvent occuper ensuite des postes à responsabilités dans des organisations internationales ou non gouvernementales, dans des associations comme Médecins sans frontières, Handicap international ou l'Organisation mondiale de la santé. « On cherche à accompagner la générosité des personnes qui veulent donner un sens à leur vie, explique le directeur général, Benoît Silve, et à décloisonner les métiers de la solidarité en créant des passerelles avec les entreprises à travers, notamment, une formation de chargé de services généraux polyvalent capable de gérer la logistique humanitaire. »

 

Ancien capitaine de vaisseau, Benoît Silve a pris la barre de Bioforce en 2003. Il assume pleinement l'héritage de Charles Mérieux : la nécessité de former des professionnels pour conduire des opérations plus efficaces dans les pays en voie de développement. Mais pas seulement. L'institut Bioforce a aussi mis en place une plate-forme ouverte à tous ceux qui souhaitent s'engager et construire un projet professionnel autour de l'emploi solidaire. Son implantation aux Minguettes, dès 1986, soutenue par les trois Charles (Mérieux, Hernu et Béraudier), n'est pas opportuniste. « Aujourd'hui, la solidarité commence à notre porte », souligne le directeur général de l'école. Ses élèves s'impliquent dans des actions d'alphabétisation et dans des projets conduits par des femmes et des collégiens du quartier.

Cet ancrage local n'est pas antinomique de ses actions internationales. Après le tsunami, l'association lyonnaise a monté avec la Croix-Rouge française un programme de formation professionnelle au Sri Lanka pour former 500 charpentiers et maçons à Walasmulla. Au Burkina Faso, Bioforce a créé, avec le soutien de la Région Rhône-Alpes, un centre d'expertise, de recherche et développement en logistique de santé, avec des partenaires africains et britanniques. L'un de ses objectifs est de former des formateurs africains et de renforcer les compétences locales. Du Nord au Sud, la solidarité selon Bioforce n'est pas synonyme de charité ni de bonne conscience, d'aide d'urgence ou d'improvisation. Elle se veut l'expression d'un engagement pleinement professionnel.

*Un technicien en sanitation est chargé d'assurer un environnement sain aux missions d'urgence.

Une idée de Charles Mérieux

C'est en 1974 que le docteur Charles Mérieux eut l'idée de créer une école pour professionnaliser les opérateurs intervenant dans les pays en voie de développement.
Lors d'une campagne de vaccination menée uprès de 90 millions de personnes au Brésil, il s'était rendu compte que sa réussite n'incombait pas seulement la qualité de l'acte médical, mais aussi à tout ce qui l'entoure, notamment à la logistique. Le 7 juillet 983, son projet aboutissait. Un groupement d'intérêt pérationnel Mission Bioforce Développement était constitué avec le soutien de la fondation Mérieux, des Hospices civils de Lyon, de l'université Lyon I, de l'École ationale vétérinaire de Lyon, de l'Insa de Lyon, des établissements de transfusion sanguine et de l'Institut Pasteur. Charles Mérieux le présida de 1983 à 1988. La Fondation Mérieux apporte toujours sa contribution au fonctionnement de Bioforce.

En 1974, une campagne de vaccination menée au Brésil auprès de 90 millions de personnes a été le déclic pour le Docteur Charles Mérieux : la professionnalisation des métiers de l'humanitaire s'imposait. En 1983 était créé Bioforce. Cet institut, sans équivalent en Europe, a gardé l'esprit de son fondateur.