Sophie la girafe a été produite à plus de dix millions d'exemplaires en quarante-cinq ans. C'est le jouet le plus vendu en France dans la première année qui suit la naissance d'un enfant.

En quarante-cinq ans, elle n'a pas pris une ride. Elle se laisse toujours mordiller par les bébés, sans autre réaction qu'un couinement léger. Sophie la girafe reste le jouet le plus vendu en France. Elle est entièrement fabriquée à Rumilly en Haute-Savoie.
Elle est née un 25 mai, jour de la Sainte-Sophie. La girafe en latex, imaginée dans les ateliers de Delacoste à Asnières-sur-Oise, s'est donc prénommée ainsi. C'était en 1961. À cette époque, les animaux domestiques en tissu ou en caoutchouc avaient la cote dans les berceaux. Pour se distinguer de ses concurrents, la société parisienne choisit une figure plus exotique, avec un long cou plus facile à saisir par de petites mains. Sophie fut très vite adoptée par des générations d'enfants, très sensibles à son air malicieux et son couinement mélodieux
Quarante-cinq ans après sa conception, elle reste le jouet du premier âge le plus commercialisé en France. Son succès ne faiblit pas. En souvenir de leur enfance câline, les parents achètent une (ou plusieurs) girafes à leur(s) rejeton(s). Les ventes suivent la courbe des naissances. Elles oscillent, selon les années, entre 450 000 et 500 000 exemplaires. Un chiffre à rapprocher des 800 000 naissances enregistrées en 2005. Depuis 1961, Sophie n'a pas subi de lifting majeur, sauf en 1981 pour respecter certaines normes de sécurité : sa tête a légèrement enflé et ses pattes ont été recourbées.
Sophie est produite depuis 1990 à Rumilly. Quatorze opérations manuelles sont nécessaires pour fabriquer ce jouet tout en caoutchouc naturel, comme les tétines de biberon, sans phtalate, un additif utilisé couramment dans les matières plastiques. Le corps de la girafe est d'abord coulé dans un moule qui tourne continuellement pour éviter que le latex colle à ses parois pendant la cuisson. Puis elle est « maquillée ». Trois coups de pistolet permettent de lui donner des couleurs rose, rouge, noir, d'abord sur son ventre et son cou, puis sur ses joues, ses oreilles et ses pattes, enfin sur ses yeux. De fait, chaque copie est unique. Chaque ouvrière peint 860 à 1 200 girafes par jour. « Tout est fait ici de A à Z, des moules en plâtre à la pose des sifflets, jusqu'à l'emballage », explique BernadetteCochet, responsable de production chez Vulli, qui emploie 74 salariés à Rumilly.
Sophie est devenue une vedette sans grande campagne de publicité, par le simple bouche à oreille. Elle s'est imposée sans avoir tourné de dessin animé ou de série télévisée. Ce succès est unique. Il est certainement dû à sa petite taille (18 cm), à sa frimousse, à ses joues rouges. Les bébés peuvent la sucer en toute sécurité, la toucher, la sentir, l'écouter : elle développe tous les sens. Aujourd'hui, ce personnage est l'objet de nombreuses licences. Son effigie se décline sur des tapis, des T-shirts, des chaussettes, des tasses, des cadres de photos... Une boutique a été créée sur Internet pour promouvoir des produits dérivés.
Sa famille ne s'est jamais véritablement agrandie. Hormis deux grandes soeurs, Zoé et Chloé, qui n'ont pas connu la même notoriété, Sophie reste la star des jouets d'éveil. Une star francofrançaise.
Au grand dam de ses parents putatifs, Sophie s'exporte peu. En Suisse timidement. Un défi à relever pour le nouveau patron de l'entreprise hautsavoyarde. Il n'y a pas de raison que les autres bébés, européens et d'ailleurs, ne succombent pas à leur tour au charme de Sophie.
Sur le web : Sophie la girafe, le site web