Käfig, la compagnie de hip-hop

700 000 spectateurs ont assisté à l'une des mille représentations données par Käfig dans 250 villes et 40 pays sur les 5 continents.

1,2 Million d'Euros, c'est le budget prévisionnel de Käfig pour l'année 2007 : il s'autofinance à 75 %, et les 25 % restants proviennent de subventions publiques (état, région, Ville de Bron...) et du mécénat.

La mécanique Käfig tourne grâce à six permanents - administration, développement, logistique, communication, comptabilité - qui épaulent trente artistes et dix techniciens, tous intermittents du spectacle.

1996
Création de la compagnie Käfig («cage», en arabe et en allemand), du nom de son premier spectacle, créé la même année.

Sept. 1998
Création de «Récital» pour la 8e Biennale de la danse, un spectacle qui tournera sur tous les continents.

Fév. 2001
Création de «10 versions», à la Maison de la danse.

Oct. 2002
Création du «Chêne et le roseau», à la Maison de la danse.

Sept. 2003
Création de «Corps est graphik», à la Maison de la danse.

2004
Mourad Merzouki collabore à la création de la pièce «La Cuisine», d'Arnold Wesker, mise en scène par Claudia Stavisky aux Célestins, à Lyon.

2006
Création de «Terrain vague», en janvier à la Maison de la danse, spectacle représenté une centaine de fois dans le monde entier.

Oct. 2007
«Karavel», festival hip-hop à Bron, du 21 au 27 octobre prochain.

Le K Käfig

Bonjour, je vous propose de découvrir le new style. Nous ferons deux ou trois enchaînements, après un petit échauffement... On commence par le cou ! Allez, tournez la tête, à droite, à gauche... » Juillet dernier. Dans une salle un peu froide du centre Albert Camus, à Bron, Soraya Mohammed, danseuse et prof de hip-hop, démarre un cours. Parmi ses élèves, Mourad Merzouki, chorégraphe et directeur artistique de la compagnie Käfig, s'exécute, tout sourire. En fait, c'est lui qui anime une formation de formateurs : ce « cours libre » est une étape obligée.

Mourad arrive de Pékin où il a travaillé sur Récital, l'une de ses pièces, avec les danseurs de la prestigieuse Beijing Modern Dance Company. Ce temps de transmission est capital pour lui : « Nous donnons des cours depuis notre création, en 1996, mais aujourd'hui, nous devons être encore plus exigeants,apprendre à expliquer nos codes en dehors d'un petit cercle... Le hip-hop s'est beaucoup transmis entre copains. Il faut aujourd'hui trouver un moyen de l'enseigner,de transcrire ses bases, sans le figer.Trouver un juste milieu pour mieux le pérenniser. » Trouver un juste milieu entre la rue, où est né le hip-hop à la fin des années 1970, et la scène contemporaine, où l'ont porté quelques-uns : tel est l'un des défis de Käfig depuis plus de dix ans. « Le hip-hop est la dernière grande invention chorégraphique du XXe siècle, affirme Guy Darmet, directeur de la Maison de la danse, qui accompagne la troupe depuis ses débuts. Les danseurs de Käfig ont réussi à conserver ses techniques, en l'entraînant au-delà, vers la danse contemporaine ou le cirque. Ils le doivent à leurs qualités humaines et à leur curiosité. Mais aussi à la créativité de Mourad Merzouki :
ses spectacles ne se ressemblent jamais. »Kader Belmoktar, danseur de la compagnie Käfig depuis 1998, confirme: « Si j'adore danser avec lui, c'est parce que chaque création est complètement différente. »

Directeur artistique et chorégraphe, Mourad est aussi le moteur inventif de cette compagnie qu'il a créée après avoir quitté Accrorap, cofondée en 1989. D'origine kabyle, il a grandi à Saint-Priesten enchaînant les découvertes: arts martiaux et cirque dès l'âge de sept ans, hip-hop vers quinze ans, danse contemporaine à dix-sept ans, capoeira... Chaque rencontre nourrit son univers et celui de ses danseurs, eux-mêmes sources d'inspiration. Ainsi, de Käfig premier spectacle de la compagnie, qui lui a donné son nom, à Corps est graphik, en passant par Récital ou Le Chêne et le roseau, chorégraphe et interprètes ont inventé une danse qui s'appuie sur un hip-hop toujours virtuose, pour raconter des histoires, faire des tours de magie, créer un alphabet particulier des corps, depuis l'extrême lenteur jusqu'à la tempête. Dans Terrain vague, le dernier spectacle, ils ont même réuni l'univers de la danse et celui du cirque et du théâtre. Le public apprécie. Les professionnels aussi.

La compagnie se produit dans le monde entier, tandis que Mourad a reçu, en 2004, le prix du meilleur jeune chorégraphe au Festival international de la danse de Wolfsburg, en Allemagne. « C'est un artiste surréaliste et profond,témoigne Karine Saporta, chorégraphe. Sa danse est en constante métamorphose,laboratoire lumineux et obscur, où se traite le geste jusqu'à sa plus profonde altération. »

Dans le prochain spectacle pour le jeune public, Tricoté, qui sera créé à la Maison de la danse en 2008, Käfig tentera de répondre à une question souvent posée : « Comment se fait un spectacle ? » L'heure est venue de la transmission. « Transmettre est un immense plaisir, lance Hafid Sour, danseur de la compagnie qui anime des ateliers et des stages depuis trois ans. La danse m'a tellement apporté que j'ai vraiment envie de la partager. »

2008 : Un centre de Hip-Hop à Bron

Au printemps prochain, la compagnie Käfig ouvre à Bron le premier centre de création et de développement chorégraphique pour la danse hip-hop en France. À deux pas du périphérique et de l'A43, la friche industrielle réaménagée abritera, sur 800 m2, un ensemble de deux studios, des gradins de 80 places, une salle d'échauffement, des bureaux, un local pour le décor, un espace d'accueil et de documentation... Aidé par la Région, le Conseil général, la Ville de Bron, l'État et l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), le projet compte trois objectifs majeurs: la création artistique, la formation et la fédération entre les artistes et les habitants. « C'est Käfig qui en a la direction artistique, précise Mourad Merzouki, mais il s'agit bien de l'ouvrir aux autres artistes du hip-hop ou d'ailleurs. Il ne faut pas en faire un lieu refermé sur le hip-hop. »
Créée en 1996 par le chorégraphe Mourad Merzouki, la compagnie Käfig a fait entrer le hip-hop de plain-pied dans la danse contemporaine. Grâce à leur curiosité et à leur travail acharné, les artistes représentent Rhône-Alpes et la France dans le monde entier. Dans quelques mois, Käfig ouvre un centre de formation à Bron. Un endroit à eux, pour les autres.