La Compagnie des guides de Chamonix

La Compagnie des guides représente aujourd'hui quatre entités associatives : la Caisse de secours (lire ci-contre) ; l'Association de développement des sports de montagne (ADSM), qui cogère quatre refuges et propose des « formations intensives » aux aspirants guides ; la Compagnie des guides-Voyages, qui propose des services « tout compris » (voyage, hébergement, activité...); et la Compagnie « d'origine », qui met en contact guides et clients. En 2003, celle-ci a en outre créé la SA Cham'Aventures, qui propose, essentiellement l'été, des activités de plein air : rafting, canyoning, parapente, hydrospeed...

La Compagnie réalise un chiffre d'affaires de 2,8 M€, dont 2,5 grâce à la Compagnie des guides-Voyages. Pour Jean-François Collignon, guide et directeur, « ce qui compte, ce sont les 8 000 journées de travail que nous apportons aux guides, dont 6 000 grâce à la Compagnie-Voyages ».

Une trentaine de guides ont été aidés par la Caisse de secours en 2006. Elle a permis à ces travailleurs indépendants de financer des « frais exceptionnels » de congé maladie, de suites d'accident handicapant ou d'intervention chirurgicale délicate...

14 juillet 1821
Création de la Compagnie des guides de Chamonix et de la Caisse de secours pour aider les guides et la famille de « ceux à qui il serait arrivé quelque accident »

1930
Roger Frison-Roche est le premier non-Chamoniard à entrer à la Compagnie, onze ans avant de publier Premier de cordée

1958
Suite à deux sauvetages tragiques, la Compagnie abandonne sa tradition de secours en montagne, qui est depuis lors assuré par le peloton de gendarmerie de haute montagne

1985
Sylviane Tavernier est la première - et toujours unique - femme guide à entrer à la Compagnie

La Compagnie des Guides de Chamonix, une confrérie d'aventuriers

Fin Décembre 2006.Crampons aux pieds, piolet en main, nous quittons l'aiguille du Midi sur une arête blanche qu'effile inlassablement le vent. À plus de 3 600 mètres, les cimes ont une beauté implacable.

Mais il faut s'appliquer, planter les pieds dans la neige, « les jambes pliées », m'a expliqué Yann Delevaux, notre guide, avant de m'encorder. La corde tendue entre nous prévient chaque butée. C'est au retour que je saisis vraiment la qualité de ce lien. De dos, Yann s'adapte à chaque modulation du pas et réussit pourtant, d'une inflexion de corde, à soutenir le rythme...Mais d'où ce grand alpiniste, entré dans la Compagnie des guides de Chamonix en 2000, tiret-il cette patience ?

«Pour être guide de haute montagne, s'enflamme Xavier Chappaz, président de la Compagnie, il faut être capable de passer,comme Yann,de l'ascension du Cho Oyu, au Tibet, à une course toute simple, mais qui donne accès à la montagne. Au départ, non vient nous voir pour un geste technique, puis, là-haut, on découvre une rencontre. C'est magique. » Cette magie a peu changé depuis la création de la Compagnie, en 1821. Un an plus tôt, un grave accident avait endeuillé le village et prouvé la nécessité, pour des guides encore paysans, de se structurer en profession. Trente-cinq ans après la conquête du Mont-Blanc par deux Chamoniards, il s'agissait à la fois d'asseoir leur position face à de riches clients parfois intransigeants, de se distribuer les courses et de créer une Caisse de secours. Celle-ci pour venir en aide aux guides et à leurs familles dans le besoin.

Au fil du XIXe puis du XXe siècle, la Compagnie des guides a contribué à l'exceptionnel essor touristique de Chamonix. « C'est une véritable institution pour notre ville,appuie Claude Marin, guide honoraire de la Compagnie et directeur des affaires culturelles de la Ville. Et les gens sont curieux de cette profession, symbole à la fois d'union et d'aventure.»L'histoire des guides est faite de tant de premières, hivernales ou estivales, alpines ou himalayennes, qu'il est difficile d'en citer quelques-unes sans en oublier des centaines, tout aussi mythiques. Les guides, vrais aventuriers, savent aussi communiquer leur passion. C'était évident avec Roger Frison-Roche ou Gaston Rebuffat qui ont su raconter l'alpinisme et susciter des vocations. C'est également vrai actuellement pour les 150 guides et les 37 accompagnateurs en moyenne montagne de la Compagnie. Il y a décidément du mythe dans l'air. Et si l'association chamoniarde a su s'adapter au marché actuel des activités de montagne - sponsoring, produits « tout compris », diversification des activités -, elle cultive ses vieilles valeurs et ses lignées la mairie, la Compagnie se réunit toujours, chaque soir à 18 h, dans la salle du Tour de rôle, où n'entre aucun non-guide. « C'est le plus souvent là que nous nous distribuons les courses,explique Xavier de Balmat, Charlet, Payot ou Ravanel. Pour entrer dans la confrérie, il faut être « volontaire » et élu par ses pairs, après avoir été « renfort » pendant plusieurs années. Installée dans la Maison de la montagne, entre l'église et Chappaz.Puis,chaque guide rencontre son client pour préparer la course du lendemain. »

d'expéditions à l'étranger, est attaché à la Compagnie : «Ceux qui croient que c'est un vieux truc se trompent.D'abord, elle me permet d'avoir plus de courses,en particulier en hiver. Et puis, j'apprécie sa grande rigueur sur lesDès ce premier contact, le client devient celui du guide, à qui il règle sa course. Ce dernier reverse à la Compagnie environ 10 % de la première facture, les suivantes seront intégralement pour lui. Les guides sont des travailleurs indépendants. « Mais solidaires », s'empresse d'ajouter Yann Delevaux. C'est peu dire que ce guide de 28 ans, conseiller technique d'un fabricant de matériel de montagne, amateur de snow-board et normes de sécurité et l'engagement en montagne. En faire partie, c'est une fierté. »

La fête des guides

Feu d'artifice, concerts, son et lumière exécutés par de jeunes guides sur la falaise des Gaillands... Si elle s'est modernisée, la fête des guides de Chamonix conserve les mêmes dates - le 14 août au soir et le 15, avec son traditionnel défilé - et, surtout, le même objectif que la première édition, en 1924 : récolter de l'argent pour approvisionner le fonds de la Caisse de secours. « À l'époque, rappelle Xavier Chappaz, le président, les clients offraient à leur guide une journée de repos. » Aujourd'hui, une centaine de bénévoles - guides et nonguides - collaborent à l'événement, dans lequel la Compagnie investit quelque 200 000 €, avec le soutien de la Ville et de divers partenaires. Chaque guide absent reverse à la Caisse le revenu de sa journée de travail ou une amende si son absence n'est pas justifiée. Le changement, oui, mais dans les règles !