Habitat et humanisme, association pour la mixité sociale

Habitat et Humanisme, c'est aujourd'hui : une Fédération, dont le siège est à Caluire (Rhône), 42 associations dans toute la France, une société en commandite par actions, « La Foncière d'Habitat et Humanisme » qui achète et réhabilite les logements, sept agences immobilières à vocation sociale (AIVS), et une société de financement de logements d'insertion, HH Développement.

Depuis sa naissance en 1985, Habitat et Humanisme a créé
1 155 logements et en gère 2 722. Elle a donné un toit à 6 993 familles, soit 20 000 personnes.

En 2005,
1 045 nouveaux souscripteurs ont rejoint Habitat et Humanisme. Une tendance qui se confirme en 2006 et s'explique, selon Alix Guibert, « par le fait que nos produits sont sécurisés et servent à financer des projets concrets ». En Rhône-Alpes, la Fédération compte sur le développement de cette épargne solidaire pour loger près de 300 familles supplémentaires en 2007.

1985
Bernard Devert crée Habitat et Humanisme à Lyon

1991
Début de la réhabilitation de la Cour des Voraces (Lyon-La Croix-Rousse), opération emblématique de l'association

1992
Création des premières associations décentralisées : Habitat et Humanisme Alpes-Maritimes, Île-de-France, Loire et Lorraine

1993
Création de la Fédération Habitat et Humanisme

2005
Habitat et Humanisme fête ses vingt ans à la Cour des Voraces

Habitat et Humanisme, l'immobilier solidaire

"Dans cent ans, je suis persuadé que l'on apparaîtra comme des barbares : une société dominée par le fric,avec plein de gens au bord du chemin... Une société qui a perdu du sens : le mal-logement en est une des traces."

C'est sur cette révolte que Bernard Devert fonde en 1985 l'association Habitat et Humanisme. À l'époque, pourtant, ce jeune Lyonnais pourrait se contenter de faire prospérer sa société de promotion immobilière créée quelque temps auparavant. Mais ces années passées à bâtir des logements lui font toucher du doigt la détresse des laissés-pourcompte et la nécessité d'y répondre. Il vend alors son entreprise et crée l'association qui lui permettra de mener à bien son projet, deux ans avant de se faire ordonner prêtre à quarante ans. Les deux ne sont pas incompatibles pour cet adepte de la théorie de la réconciliation : il n'a de cesse, au sein d'Habitat et Humanisme, de rapprocher l'économique et le social, ceux qui ont un toit et ceux qui n'en ont pas.

« L'association poursuit trois objectifs, résume AlixGuibert, ex-bénévole aujourd'hui salariée : créer des logements dans les quartiers équilibrés pour ceux qui ne peuvent pas prétendre au parc HLM, accompagner ces familles et financer cette démarche par l'épargne solidaire. » Habitat et Humanisme monte de petites opérations, avec une constante : la mixité. Elle ouvre les portes des beaux quartiers aux plus démunis, fait cohabiter étudiants et personnes âgées, bien-portants et personnes handicapées... L'accompagnement est l'autre point fort de l'association : « Il s'agit de permettre à chacun de bien s'insérer dans son logement, dans son immeuble, mais aussi dans son quartier, explique Daniel Depraz, responsable de l'accompagnement en Haute-Savoie. Un bénévole suit une famille et l'aide à atteindre des objectifs précis : recherche d'emploi, alphabétisation, scolarisation, gestion du budget. »

Pour construire chaque projet, « Habitat et Humanisme a besoin de fondations,c'est-à-dire de fonds propres. Cela suppose une vraie ingénierie financière », note BernardDevert. En 1988, il crée une SCI (Société civile immobilière) qui devient plus tard La Foncière d'Habitat et Humanisme. «Avec les banques, explique AlixGuibert, responsable de l'épargne solidaire, nous avons conçu différents produits - livret, assurance vie, fonds issu de l'immobilier, curé qui plus est, et qui vous demandait vos économies pour loger des Arabes en centre-ville ! » Mais, précise la militante, « il a le grand talent de faire se lever les gens, de pousser toujours plus loin les commun de placement - dont une partie des revenus finance les opérations ». Convaincre les épargnants n'a pas toujours été facile. Alix Guibert se souvient de la méfiance que suscitait, il y a quinze ans, BernardDevert, « limites ».

Lyon est le premier champ d'intervention de l'association. À la Croix-Rousse, la Cour des Voraces, haut lieu de la Révolte des Canuts, immeuble surpeuplé et insalubre, est réhabilité en 1991 et loué à des familles populaires. D'autres opérations suivent, dans toute la France, notamment à Paris où les besoins sont énormes. Souvent avec audace. En 2000, au coeur d'Annecy, ville la plus chère de la région, la Foncière crée, dans une centaine de salariés dont beaucoup sont issus de grandes écoles, et quelque 1 500 bénévoles. « Tous sont motivés par l'envie de travailler autrement, selon Bernard Devert. Car, pour moi, il y a deux types d'hommes, l'ancien Évêché, douze logements, dont cinq en prêt locatif aidé d'insertion. Autre invention : les pensions de famille avec pièces communes et maîtresse de maison. « La formule, expérimentée à Saint-Genis-Laval, connaît un vif succès et la reconnaissance du gouvernement », souligne HubertQuenette, président d'Habitat et Humanisme Rhône. En 1993, pour regrouper les associations (42 à ce jour), une fédération voit le jour. Elle compte ceux qui creusent des fossés et ceux qui jettent des passerelles. »

Témoignages

La pension de famille Dumas-de-Loire (Lyon 9e) accueille 28 pensionnaires depuis deux ans. Parmi eux, Estelle. À 37 ans, elle commence à « reconstituer un tissu social perdu à cause de la maladie ». Après l'hôpital psychiatrique, la pension est pour elle « un tremplin », un « lieu de solidarité ». En attente d'une allocation adulte handicapé, sa voisine, Carène, est maman d'une petite fille de trois ans placée en famille d'accueil : « Je peux la recevoir dans mon T1 bis bien plus facilement qu'avant dans ma chambre de 14m2 en foyer de jeunes travailleurs. » Quant à Eddie, 29 ans, qui occupe un studio depuis l'ouverture, il « rencontre ici des gens intéressants, de tous horizons ». Il a trouvé, il y a peu, un travail à temps partiel.
Depuis plus de vingt ans, pierre après pierre, Habitat et Humanisme construit la mixité sociale. Cette association lyonnaise, devenue Fédération nationale, sollicite l'épargne solidaire pour loger les plus démunis.