Lafuma, une marque écologique

Lafuma a été fondé en 1930, à partir d'une tannerie à Romans, par trois frères qui se sont répartis les rôles dans l'entreprise familiale : à Victor, l'aîné, la gestion, à Alfred, les finances, à Gabriel, le commercial. La famille conserve un peu plus du tiers des droits de vote. Le Groupe est dirigé depuis 1984 par Philippe Joffard, petit-fils de l'un des trois fondateurs.

Lafuma emploie 420 personnes à Anneyron : 150 travaillent à la fabrication de matériel de camping. Le groupe drômois possède trois autres usines en France, dans l'Ain (pièces plastiques), en Champagne et en Normandie (bottes en caoutchouc), et quatre usines délocalisées en Hongrie et en Tunisie (vêtements), au Maroc (bottes) et en Chine (sacs). Lafuma emploie globalement
1 900 salariés, dont 900 en France.

L'internationalisation de Lafuma a commencé en 1986 en Allemagne et s'est poursuivie en 1988 et 1989 aux États-Unis, à Hong Kong, en Belgique et en Italie. Quinze filiales commerciales sont implantées aujourd'hui à l'étranger. Les trois plus grandes (Japon, Allemagne, États-Unis) dégagent 10 millions de chiffre d'affaires chacune.

1936
Lafuma invente le sac à armature métallique

1954
Lafuma se lance dans le matériel de camping

1984
L'entreprise entame sa diversification : cap sur les alpinistes, les surfeurs et les chasseurs

1992
Prise de conscience de la responsabilité écologique de l'entreprise

320 000
euros ont été versés par Lafuma au WWF depuis 1998

Chez Lafuma, l'écologie c'est dans le sac



C'est une « concordance heureuse. » En inventant en 1936 l'armature métallique du sac à dos, Lafuma est devenu l'un des symboles des premiers congés payés. Plus de cent millions de sacs ont été vendus en soixante-dix ans.

L'entreprise avait amorcé sa diversification dans les besaces dans les années 1930, à partir des chutes de cuir de la tannerie familiale. Une autre diversification dut être engagée dans les années 1950 après la diminution des commandes militaires de sacs à dos. Dès 1954, les tubes de métal et les toiles servirent à fabriquer du matériel de camping.

Après avoir connu une passe difficile en 1984 et avoir été reprise par Philippe Joffard, petitfils de l'un des trois fondateurs, la société d'Anneyron (Drôme) s'est transformée en groupe multimarque. Il équipe aujourd'hui quatre tribus, à savoir Lafuma : les campeurs et les randonneurs ; Millet : les alpinistes et les grimpeurs ; Le Chameau : les chasseurs et les pêcheurs ; Oxbow : les surfeurs et les amateurs de glisse. « Avec cette dernière acquisition,nous couvrons le champ complet de l'outdoor », souligne Philippe Joffard. Chaque marque a élargi son offre de produits et s'est mondialisée. Le textile représente 60 % des 250 millions d'euros de chiffre d'affaires consolidé en 2006, l'export 45 %, soit quelque 100 millions.

Pour être en phase avec les aspirations d'évasion des consommateurs, Lafuma scrute les tendances sociologiques et économiques à la loupe. Cette veille est dévolue à l'« observatoire de l'air du temps », créé par Philippe Joffard, qui se réunit quatre fois par an pour identifier des thèmes porteurs d'avenir comme le développement durable.

La prise de conscience écologique de la marque à la feuille de peuplier remonte à 1992, année où fut signée une première convention avec France Nature Environnement. En 1993 était lancé le premier sac en coton recyclé. Cinq ans plus tard, Lafuma engageait un partenariat au long cours avec l'association mondiale de protection de la nature WWF, qui a ainsi reçu 320 000 d'euros depuis 1998.

Pour Philippe Joffard, le développement durable est un « sujet d'anticipation économique et industrielle, la seule façon d'avancer ». Cela correspond à une nouvelle analyse de la valeur, qui revient « à moins consommer de matières, moins d'énergie,à produire moins de déchets,tout en améliorant la productivité, sans rogner sur le développement social ». Les engagements de Lafuma sont contenus dans une charte, déclinée autour de dix principes conformes au pacte mondial de l'ONU, The Global compact, dans les domaines des droits de l'homme, du travail, de la protection de l'environnement et de la lutte contre la corruption.

L'un des objectifs est de développer des produits qui respectent l'environnement tout au long de leur cycle de vie, de leur conception à leur livraison, des chaînes de montage à l'emballage. Une nouvelle chaussure a ainsi été conçue. Elle comprend notamment une semelle en caoutchouc naturel, des mousses en polyester recyclé, des lacets en chanvre sans oeillet métallique. Son style n'a pas été sacrifié. Design et développement durable ne sont pas incompatibles. Le projet de cette chaussure « verte » a été financé par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et le centre technique de la chaussure. Une partie du prix de vente est reversée au WWF.

Le développement durable est un engagement en chaîne. Il implique tous les maillons de l'entreprise. La production : l'atelier de peinture de l'usine d'Anneyron s'est converti aux peintures en poudre, plus efficaces et plus économes en eau. 20 000 litres d'eau sont ainsi économisés chaque année. Les transports : la péniche est privilégiée entre Lyon et Marseille, l'entrepôt de Saint-Rambert d'Albon est relié au réseau ferré depuis dix-huit ans. 10 % des transports continentaux du Groupe se feront par voie propre (fleuve ou rail) en 2007.

Pour s'assurer du respect de ses engagements par ses sous-traitants, le Groupe effectue des audits sociaux et environnementaux réalisés par une auditrice interne qui note régulièrement les performances de chacun. En cas « d'alerte rouge », de point négatif, des améliorations sont exigées dans de brefs délais, sous peine de rupture de contrat avec Lafuma qui, du fait de sa culture et de ses pratiques industrielles, est à même de bien apprécier chaque situation. « De toute façon,aucune entreprise n'échappera à cette démarche dans les années qui viennent. Le développement durable est l'enjeu majeur des 20 à 30 ans », soutient Philippe Joffard, qui n'entend pas déchausser sur les pentes de la croissance. « Lafuma a vocation à doubler de taille », affirme le patron drômois. Un engagement durable.

Premier de cordée recyclée

En 2005, la filiale de Lafuma, Millet, a collecté 4 tonnes, 55 km de cordes usagées, dont le polyamide recyclé, injecté sous forme de cintres destinés à la livraison des produits textiles du Groupe. « C'est une opération à double détente. Outre l'environnement, elle renforce la sécurité des grimpeurs », commente Philippe Joffard. Pour 2006, l'entreprise d'Annecy table sur la récupération de 12 tonnes de cordes en France, mais aussi en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Suisse.
Les randonneurs et les grimpeurs connaissent bien Lafuma qui les équipe de pied en cap, du sac à dos à leur cordage. Très tôt consciente de ses responsabilités en matière de développement durable, l'entreprise d'Anneyron, dans la Drôme soutient des actions du WWF.