A.Raymond, le créateur du bouton-pression

Présent dans vingt pays, A. Raymond possède onze usines à l'étranger. Avec plus de 1 200 personnes et un bureau d'études de 70 personnes, sa filiale allemande est la plus importante.

Cinq générations se sont succédé à la direction de l'entreprise depuis sa création en 1866. Depuis la retraite de son père Alain, Antoine Raymond est le principal dirigeant du groupe. À ses côtés, deux de ses frères, Albert et François, respectivement responsable d'un bureau d'études et d'une filiale de distribution à Paris.
A. Raymond n'a jamais déménagé de son siège cours Berriat à Grenoble où il fabrique des pièces métalliques. Son usine de Saint-Egrève est dédiée au plastique et à la connectique des fluides. Sa troisième implantation grenobloise, un centre logistique, a été ouverte en 2005 sur le site de Technisud.

Chiffres-clés

1866 : Création de la société pour exploiter un brevet d'agrafe de gants.

1886 : Invention du boutonpression, un « boutonfermoir à ressort pour gants, chaussures et porte-monnaie ».

600 brevets de base déposés par la société depuis sa création.

3 200 salariés sont employés par le groupe grenoblois, dont 750 en France.

14 usines dans le monde, dont trois en France, à Grenoble, Saint-Egrève et Saint-Louis, près de Mulhouse.

A. Raymond fait une fixation sur l'automobile

Quel est le point commun entre un monospace Renault, un cabriolet Peugeot, une berline Mercedes, une Ferrari et une Rolls-Royce ? L'entreprise A. Raymond. Toutes les voitures en circulation dans le monde sont équipées de pièces de fixation produites dans l'une des quatorze usines du groupe grenoblois.

Dans certains modèles, on dénombre 2 000 de ces pièces utilisées pour fixer les câbles électriques, le tableau de bord, les garnitures d'habillage ou les phares. « On en compte 400 en moyenne par véhicule », précise Antoine Raymond, qui à 44 ans dirige cette société familiale créée en 1866 à Grenoble.

L'entreprise a pris le virage de l'industrie automobile dans les années 1950. Mais sans renier sa spécialité d'origine. La première fixation fut une agrafe de gant inventée par Albert-Pierre Raymond. La ganterie était alors florissante dans la région de Grenoble. Mais une autre invention fit la réputation de la société grenobloise : le bouton-pression. Par le passé, elle a également inventé les boutons à river servant à boutonner les jeans. Pour la protéger des copies, de nombreux brevets furent déposés en France et à l'étranger. Des filiales furent créées en Angleterre, aux États-Unis et en Allemagne, dans le duché de Bade, afin d'intensifier son exploitation. Même la succursale allemande n'a jamais cessé son activité, malgré deux saisies pendant les Première et Seconde guerres mondiales.

Aujourd'hui, A. Raymond est présent dans vingt pays : en République tchèque depuis 1992, au Brésil et en Chine depuis 1996, en Turquie et en Iran, aux côtés de partenaires locaux, depuis 2005. « À terme, nous serons également en Inde », avance Antoine Raymond.Cette internationalisation s'est faite sans abandonner le site historique de Grenoble où le Groupe possède deux usines et un centre logistique ouvert en 2005 pour remplacer celui trop exigu de Saint-Egrève. « Nous sommes l'un des derniers centres de décision installés en Isère », observe Antoine Raymond, qui se félicite de ce point d'ancrage dans une « cité internationale dotée de très bonnes infrastructures de formation et de recherche » avec lesquels l'entreprise collabore.

En cinquante ans, l'équipementier grenoblois s'est hissé au deuxième rang mondial des entreprises de fixations automobiles derrière un conglomérat américain. Ce développement a nécessité une adaptation permanente aux attentes des clients. « Nous sommes devenus des experts et des prestataires de services », remarque le jeune dirigeant. Il ne s'agit plus seulement de concevoir des pièces, mais également des processus d'assemblage et la logistique, parfois jusqu'à la livraison des pièces en flux tendu sur les chaînes de montage.

Pour rester dans la course, A. Raymond s'est rapprochée d'autres entreprises qui lui permettent de compléter son offre. Avec la boulonnerie allemande Kamax, elle a ainsi créé une société commune. « À nous deux,nous couvrons 60 % des besoins de fixations automobiles. » A. Raymond se doit aussi d'anticiper les développements technologiques des constructeurs automobiles. Le verre étant de plus en plus utilisé dans les voitures, elle a mis au point des adhésifs qui remplacent les traditionnelles fixations métalliques ou plastiques.

La croissance de l'entreprise est liée à sa capacité d'innover. Pour Antoine Raymond, « la création de nouveaux produits est la manière la plus solide de progresser ». Entre 800 et 900 pièces sortent chaque année des bureaux d'études du Groupe. L'entreprise familiale n'a pas dévié depuis 140 ans de cette politique de petits pas.

Fidèle à la philosophie de la société familiale qui n’a jamais racheté d’autres entreprises, Antoine Raymond ne croit pas à la croissance externe « qui ne crée pas de valeurs dans un premier temps », ni à la Bourse, « qui ne correspond pas à la sensibilité maison ». « Jusqu’à présent, on a pu se développer sans avoir recours à des financements extérieurs », revendique l’associé de cette société qui cogère avec Pascal Destremau ce groupe de 3 200 salariés.

L’innovation est le moteur de la croissance interne du groupe, pas seulement dans l’industrie automobile qui représente 90 % de ses activités, mais aussi dans le bâtiment, l’électroménager et l’industrie médicale. Pour se diversifier, Antoine Raymond mise sur son esprit créatif. Récemment a été ainsi mise au point une « agrafe tigre » pour supporter les faux plafonds. « Tant que nous avons cette capacité d’innovation, je ne me fais pas de souci pour l’avenir », assure Antoine Raymond, qui manie sans cesse les dernières fixations conçues dans ses ateliers.

 

Un musée

est ouvert depuis décembre 2005 cours Berriat, dans l'enceinte du site historique de l'entreprise. Créé par Alain Raymond, avec l'aide d'une muséographe, ce musée a la particularité d'être animé par d'anciens employés qui le font visiter. Il est ouvert uniquement le mercredi après-midi.

L'entreprise A. Raymond fait le même métier depuis 140 ans : elle résout des problèmes de fixation. Pour la fabrication des gants initialement, pour l'automobile et pour le bâtiment aujourd'hui. Sa grande trouvaille? Le fameux bouton-pression. Présente dans vingt pays, elle est toujours restée fidèle à ses racines grenobloises.