Le lycée de la Martinière

Les frères Auguste et Louis Lumière, l'architecte Tony Garnier, le Dr Victor Augagneur, ancien maire de Lyon, le professeur Paul Sisley, Auguste Dupin, chef d'études chez Berliet, l'industriel Francis Coucheroux...mais aussi Frédéric Dard, le père de San-Antonio, ou Jean-Michel Aulas, président de l'OL, comptent parmi les célèbres anciens Martins.
La section de Mise à niveau en arts appliqués de La Martinière-Diderot, qui accueille des titulaires d'un bac général ou technologique souhaitant entrer dans cette filière, a attiré cette année 2 200 candidats... pour 60 places !

L'or de la Martin


En 1981, la société des Anciens Martins a reçu de Francis Coucheroux (promotion 1914) un legs de 25 kilos d'or. Placé en banque, ce don extraordinaire permet depuis, avec les intérêts, d'aider les élèves des trois lycées La Martinière qui ne peuvent, pour raisons financières, poursuivre leurs études supérieures. Ils sont une vingtaine à bénéficier chaque année de ces bourses « Coucheroux ».

 

2 510 000 francs, soit
200 000 roupies
, tel est le montant de la somme léguée en 1800 par le major général Claude Martin à la ville de Lyon. À charge, pour celle-ci, de créer « une école pour instruire un certain nombre d'enfants des deux sexes ». La Martinière verra le jour vingt-six ans plus tard.

La saga La Martinière

Les 3 héritiers prospères de la Martinière

Le Major général Martin ne fréquenta ni ne connut jamais le lycée de La Martinière. Le « père » du fameux établissement des Terreaux passa la plus grande partie de sa vie en Inde, où il mourut à la tête d'une importante fortune le 13 septembre 1800.

Cet humaniste, à la fois architecte, ingénieur, militaire, industriel et diplomate à ses heures, n'oublia jamais sa ville natale. Neuf mois avant sa mort, il lui légua « deux cent mille sika roupies », destinées à y « établir une institution pour le bien public » et « instruire un certain nombre de garçons et de filles ». Comme à Calcutta et à Lucknow, dans le nord de l'Inde, où quatre collèges de La Martinière célèbrent chaque année avec faste l'anniversaire de la mort de leur bienfaiteur.

Les premiers élèves, des garçons, sont accueillis en 1826 au palais Saint-Pierre. Mais la « petite école polytechnique » lyonnaise prend son envol en 1833. Elle s'installe dans l'ancien couvent des Augustins, place Rambeau, dans le 1er arrondissement. La Martinière développe un enseignement de qualité. Ses professeurs,
Charles-Henri Tabareau pour les mathématiques, Alphonse Dupasquier pour la chimie, et son frère Louis pour le dessin, appliquent des règles pédagogiques originales, conjuguant exercices et interrogations. La « méthode La Martinière » est née.

En 1879, les premiers cours pour jeunes filles démarrent rue Royale. Puis, grâce au legs d'une autre bienfaitrice, madame de Cuzieu, celles-ci emménagent au 33, rue de la Martinière, dans un bâtiment inauguré par le président de la République en 1907. Le voeu du major est enfin exaucé. La réputation de l'institution ne cesse de croître, comme ses effectifs. Adaptant son enseignement aux exigences de l'économie locale, elle
fait figure de pionnière : les cours d'écriture, de grammaire, de morale sont complétés par les spécialités des maîtres fondateurs. Pour le plus grand bonheur des industriels de la chimie, de la mécanique ou de la soierie. Les filles qui disposent d'un enseignement général et ménager, doivent aussi s'inscrire dans des sections professionnelles : commerce, confection, broderie.

Cent ans après sa création, l'établissement devient École nationale professionnelle. On y entre sur concours après le certificat d'études. Nombreux sont les anciens qui soulignent la rigueur de sa discipline et de son enseignement : « J'ai failli me faire virer quinze jours avant le diplôme pour avoir ramassé des cerises ! », avoue Bernard Lainez, promotion 1953. « Quand je suis entré en 1951 en troisième, il y avait trois classes de 42 élèves, on a fini à deux classes de 30 : ça écrémait ! », rappelle Maurice Clerc, promotion 1959. Les filles, « qui sortaient un quart d'heure avant les garçons », étaient interdites de bas et de pantalon : « La surveillante sillonnait les rues pour voir nos tenues », se souvient Amalia Abad, promotion 1955. Aucun, pourtant, n'aurait donné sa place : « Intégrer la "Martin", c'était décrocher son bâton de maréchal », résume Pierre Godard, promotion 1949.

À l'étroit dans les bâtiments des Terreaux, l'école ouvre, au cours du XXe siècle, plusieurs nnexes aux Brotteaux, à La Duchère, sur la colline de Fourvière, à Monplaisir. Déjà se dessine ce qui, aujourd'hui, constitue le plus gros pôle lycéen de Rhône-Alpes. Comme La Martinière « historique », devenue La Martinière-Diderot après sa fusion en 2006 avec le lycée Diderot, deux autres établissements sont autorisés à revendiquer la « filiation » du major : La Martinière Duchère, dédiée au tertiaire et à la biologie, et La Martinière Monplaisir, orientée génie civil, BTP, mécanique. Ensemble, ils réunissent quelque 6 000 élèves. Tous trois, à dominante technologique, ont la même proximité avec les entreprises. La Martinière-Diderot a créé une plate-forme avec la profession textile pour aider les TPE « à développer l'innovation », indique on proviseur, Didier Roussel, et « la section Contrôle industriel et régulation automatique, la plus grosse de France, forme les techniciens de maintenance des centrales nucléaires ». Indépendants, les trois lycées entretiennent des liens étroits, notamment grâce à la société des Anciens Martins, fondée en 1867. Elle est résidée depuis 2006 par Sonia Doyen, de la promotion 1990. Près de vingt ans après son BTS préparé à La Martinière-Duchère, c'est « l'esprit d'équipe » que retient et entretient la jeune femme. L'association réunit 850 anciens élèves et ne se contente pas d'organiser des visites d'entreprise ou des voyages (en Inde au printemps prochain). Elle oeuvre pour l'avenir de ses adhérents en finançant les études de jeunes « Martins » en difficulté (voir encadré) ou en recensant les offres de premier emploi : « Elles sont, même en ce moment, dix fois plus nombreuses que les demandes ; nous allons bientôt les mettre en ligne », annonce la présidente. À son initiative, la société, célèbre, elle aussi, son donateur, en réunissant le 13 septembre aux Terreaux toutes les classes d'anciens Martins...

Née en 1826 du legs d'un humaniste, le Major Martin, l'école de la Martnière à Lyon reste une pionnière de l'enseignement professionnel avec ses trois établissements, très demandés, Diderot, la Duchère et Monplaisir.