La boule neigeuse

La boule neigeuse est aussi... une star du cinéma. En 1940, dans Kitty Foyle, chaque fois que Ginger Rogers plonge dans ses souvenirs, ceux-ci apparaissent dans une sphère embrumée. Cette astuce du réalisateur Sam Wood pour les flash-backs fut reprise l'année suivante par Orson Welles, dans Citizen Kane.
Chionosphérophilie : un nom compliqué pour une passion simple, la collection de boules neigeuses. L'intérêt d'une « boulaneige » comme l'appellent certains, réside aussi dans son socle. Certaines se vendent plus de 60 €, alors qu'une neuve s'achète à partir d'1,5 € ! JLK-Convert possède quelques « collectors », comme cette série amusante aux effigies du « Bébête Show » malheureusement interdite à la vente.

Devant le châlet aux volets rouges, un chamois observe les flocons recouvrir peu à peu les sapins. Un peu plus loin sur l'étagère, une cabine montant à la Bastille de Grenoble reste éternellement à mi-chemin. Images d'Épinal figées, qu'on saupoudre à l'envi : ce sont les boules neigeuses.

Héritières des « cabinets de curiosité »*, elles trônent, tels des trophées, sur la cheminée, clin d'oeil pour signaler que leur propriétaire est bien allé skier au Mont-Blanc ou prier à Lourdes. Mais, à l'inverse des porte-clés ou autres assiettes décoratives, ces sphères translucides ont aussi un pouvoir magique : celui de plonger l'observateur dans un monde idéal, enfantin, se riant des lois de la météo, comme des proportions. Lorsque la neige tombe, lentement, sur la falaise des Baux de Provence ou sur le mont Saint-Michel, le regard se perd, bien loin du réel.

L'histoire de la boule de neige commence en 1878, lorsque Georges-Anthème Lenepveu, maître verrier normand, met la cathédrale de Bayeux sous cloche pour l'Exposition universel le de Paris. Très vite, la concurrence s'empare de l'idée, l'adapte, notamment avec la tour Eiffel, et démultiplie ces presse-papiers d'un genre nouveau. L'essor de la plasturgie dans les années 1950 marque l'avènement de la production de masse. Les sixties en font un objet culte. C'est à cette époque, en 1969 précisément, que Jean-Baptiste Convert crée sa fabrique de boules neigeuses, à Saint-Étienne-du-Bois, dans l'Ain.

Quarante ans plus tard, ses salariés lui ont offert une boule anniversaire dans laquelle on le voit portant un plateau de... boules neigeuses. Mais il n'est plus à la tête de l'entreprise (l'une des deux dernières en France à les fabriquer) qui a été rachetée en 2008 par le sous-traitant en injection plastique, JLK, également implanté dans l'Ain, à Meillonnas. Et le seul concurrent français, fabricant de moules, est installé à quelques kilomètres (lire ci-contre). Depuis les années 1980, mieux vaut regrouper les forces face à la concurrence chinoise. Quelque 80 000 sphères sortent des établissements JLK-Convert chaque année, à 80 % pour des sites touristiques et à 20 % pour la publicité. « Ce qui nous sauve, assure Olivier Fraysse, chef d'atelier, c'est la réactivité et la possibilité de faire de petites quantités. » Jean-Paul Gaultier a ainsi fait réaliser une série limitée à son effigie, tout comme... Austin Power. Quant à Radio Nostalgie, sponsor d'un challenge de ski, ou les organisateurs d'un tournoi de pétanque, ils ont commandé des modèles « événements ». Malgré son petit air désuet, la boule neigeuse attire toujours. C'est magique !Voir Le Monde sous globe ou la fin de l'aventure, Martyne Perrot.

*Les cabinets de curiosité », où étaient exposés des objets collectionnés, ont apparus à la Renaissance et considérés comme les ancêtres des musées.

Bruot, le challenger

L'autre producteur français est, lui aussi, implanté dans l'Ain, à Oyonnax. La société Bruot s'est spécialisée dans la transformation de matières plastiques. Son catalogue de boules neigeuses fourmille d'innovations : version « pop » aux couleurs fluos, mini-boules, décor exotique avec perroquet...