Les eaux minérales régionales

Les habitants de Saint-Galmier ont le droit de puiser douze litres par jour et par foyer au kiosque situé près de la source Badoit. Ils partagent cet avantage avec les employés de la verrerie de Veauche qui produisait les bouteilles d'eau minérale.
Trois eaux minérales de la région sont bues uniquement sur prescription médicale : la Précieuse, la Désirée et la Rigolette. Deux ont le titre d'« eau de source de montagne » : l'eau de Montarcher dans les monts du Forez, vendue en bonbonnes, et la Valécrin dans le massif des Écrins, en Isère.

Tourisme industriel


Plusieurs usines d'embouteillage d'eau minérale se visitent dans la région : celle d'Amphion à Publier près d'Évian, celle de Saint-Alban dans le Roannais, celle de Badoit en partenariat avec l'office de tourisme de Saint-Galmier.
À Pont-en-Royans, dans le Vercors, un musée de l'eau a été aménagé dans une ancienne manufacture de soiries, au-dessus de la Bourne. Dans ce musée ludique et pédagogique,
dédié à l'eau sous toutes ses formes, on peut déguster différentes eaux minérales dans le bar à eaux.
www.musee-eau.com

Rhône-Alpes a de la bouteille

Chaque matin, Daniel Veyrenc se livre au même rituel. Il laisse couler l'eau de sa source, puis la goûte avant de la mettre en bouteilles. « J'ai sur le palais la mémoire de son pétillant. Je veille à ce qu'elle n'ait pas un goût ferrugineux », explique le gardien tutélaire de la Reine des basaltes. Pour parler de son eau, cet ancien représentant en vin utilise des termes d'oenologie, évoque « sa rondeur en bouche, la finesse de ses bulles qui éveillent les papilles comme celles du champagne ».

Daniel Veyrenc est l'héritier de la plus petite source familiale française qui sourd dans le jardin familial à sperjoc, près de Vals-les-Bains, après un parcours volcanique. Cette eau rare fait l'objet d'un tirage limité à un peu plus de 600 000 cols, uniquement en bouteilles en verre, un matériau noble digne de cette majesté des eaux. « Je la trouve extraordinaire. Elle est fine, beaucoup moins salée que d'autres », salive le cuisinier Régis Marcon, qui l'a intronisée à la table de son restaurant étoilé à Saint-Bonnet-le-Froid.
La Reine des basaltes est l'une des nombreuses eaux minérales ardéchoises, pétillantes ou non, comme la source du Pestrin à Meyras ou celle de Vernet à Prades, toutes trois labellisées par le parc naturel régional des monts d'Ardèche. En Rhône-Alpes, on dénombre une trentaine d'eaux minérales, des plus célèbres comme Évian aux plus insolites comme la Favorite ou la Française. Leurs vertus sont connues depuis des lustres. Les qualités diurétiques et détoxicantes de l'eau de Thonon étaient appréciées des Romains. Celle de Sail-sous-Couzan était réputée « contre l'atonie des viscères du bas-ventre, contre les dépôts laiteux et les affections des voies urinaires », selon l'historien Louis-Joseph Gras. Embouteillée depuis 1602, l'eau de Vals soulage les petits problèmes hépatiques. Selon la législation française et une directive européenne de 2003, une eau minérale naturelle se différencie par une pureté d'origine souterraine à l'abri de tout risque de pollution, une composition constante, bactériologiquement saine (non contaminée).

Badoit, à 3000 m de profondeur

Ainsi Badoit, riche en calcium, fluor et magnésium, bénéficie d'une situation géologique particulière avec une grande faille entre le piton granitique de Saint-Galmier et l'effondrement de la plaine du Forez. « La présence de fractures favorise la remontée de gaz carbonique et son enrichissement en sels minéraux », observe Christine Barbet, hydrogéologue de la Société des eaux minérales d'Évian, propriétaire de la marque Badoit.
Rattachée à la direction de la qualité, elle supervise différentes études menées sur le sous-sol de Saint-Galmier à l'origine de cette eau à plus de 3 000 m de profondeur. À l'intérieur de l'usine d'embouteillage, des fontainiers et des techniciens continuent à gérer et à contrôler la qualité de la ressource. Les exploitants de Badoit veillent aussi à ne pas surexploiter le gisement, à maintenir un niveau d'eau suffisant dans les neuf forages composant ce cocktail unique.
Les communes limitrophes de Chamboeuf et de Saint-Médard sont également associées à la protection de la ressource en eau. Cette démarche récente s'inspire de l'expérience d'Évian et de Volvic. Nombre d'entreprises profitent du capital géologique régional. Deux des trois plus grands acteurs du marché français de l'eau sont présents en Rhône-Alpes : Danone avec Évian et Badoit, Neptune avec Vals et Thonon. Les Eaux de Saint-Alban, près de Roanne, sont, depuis 2007, propriété d'un groupe islandais, l'un des plus importants fabricant européen de jus de fruits et de boissons rafraîchissantes. Toutes ces eaux ont également été à l'origine de verreries : à Saint-Romain-le-Puy près de Parot, à Labégude près de Vals, à Veauche près de Badoit. Les Verreries Souchon-Neuvesel détenaient d'ailleurs la majorité du capital de la société des eaux minérales d'Évian lorsque Antoine Riboud accéda à leur présidence en 1965. Ces verreries ont été revendues en 1981, sans les eaux, parachevant la mutation de Danone du contenant au contenu. Le verre est aujourd'hui minoritaire dans les emballages d'eaux minérales. Sur 250 millions de bouteilles de Badoit vendues chaque
année, 40 millions sont en verre, destinées principalement à la restauration. Mais la marque a opté pour ce matériau recyclable pour se faire connaître en Californie, où elle vient d'être référencée.

Les flots bienfaisants de Vals-les-Bains

L'existence des thermes à Vals-les-Bains remonte au 17e siècle. La ville a compté jusqu'à 188 sources en exploitation et acquis sa réputation internationale dans les années 20. Vals reste aujourd'hui un des plus grands centres européens de traitement des diabétiques. Comme dans les 14 autres stations thermales de Rhône-Alpes, les professionnels sont confrontés à une baisse des curistes et tentent de diversifier leur offre vers de séjours de bien-être et de remise en forme.

Sur le web : Thermes de Vals

Sa situation géographique privilégiée, en bordure des Alpes et du Massif central, offre à Rhône-Alpes de nombreuses sources d'eau minérale.
On en compte pas moins d'une trentaine. La région se classe au premier rang français des embouteilleurs.