La Déclaration de Lyon est en ligne
"Les citoyens rhônalpins ont montré qu'ils étaient attachés à l'environnement et prêts à évoluer dans leurs comportements. Nous allons répondre à cette attente. Cet hiver, nous avons accueilli à Lyon la conférence des Régions européennes sur le climat. Nous avons aussi lancé l'élaboration du plan climat de Rhône-Alpes."
Jean-Jack Queyranne

Entretien avec José Gualinga, dirigeant de la communauté quechua Sarayaku en Equateur
Quelle est la raison de votre venue à Lyon ?
Nous préparons un accord de coopération avec la Région Rhône-Alpes. Notre projet est de créer une nouvelle catégorie d'espace, un territoire sacré qui ira bien au-delà du concept de zone naturelle protégée qui existe déjà.
Pourquoi cette création ?
Le sous-sol du bassin amazonien est riche en pétrole et le Nord du bassin a été investi par des grandes compagnies pétrolières. Là-bas il n'y a même pas l'image du développement qui avait été promis : rien pour l'éducation, rien la santé. Nous bataillons pour que notre terre ne soit pas un grand champ pétrolier comme au Nord qui vit une catastrophe humaine et environnementale. Depuis quarante ans les compagnies pétrolières veulent investir notre territoire. Nous résistons.
Quelle est votre idée ?
Noter territoire se veut collectif et sacré et nous voulons y développer d'autres alternatives économiques que celles que nous connaissons. Il ne sera pas possible d'en exploiter le sous-sol, les familles resteront unies, les forêts préservées, les animaux abondants, les fleuves non contaminés. Nous voulons développer des micro entreprises autour de la nature et nous visons à l'autosuffisance alimentaire. Un mot de la langue quechua résume tout : sumak kawsai « Vivre en harmonie ».
Ce projet va dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique et nous sommes ici, à la Région Rhône-Alpes, pour le faire connaître car les peuples indigènes sont rarement écoutés.
Entretien avec Michel Robitaille, Délégué général du Québec en France
Le Québec a une énorme marge de manœuvres en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique, notamment en termes d'imposition, mais ce n'est pas le cas pour d'autres collectivités...
Oui, nous avons la chance de disposer une force de frappe conséquente et de l'expérience d'un premier ministre qui a été ministre de l'environnement. Cela nous permet de se fixer des objectifs ambitieux : 25% de voitures électriques au Québec en 2020 ou 95% des transports publics électriques à l'horizon 2030.
Quel est votre regard sur cette conférence européenne ?
Je suis heureux de voir autant de Régions européennes et d'autres réunies ici à Lyon. En se parlant on se donne des idées, on échanges nos bonnes pratiques et on voit ce qui marche ou pas... Si, entre les différents sommets intergouvernementaux (Rio, Durban..) les Régions et les villes, qui sont des acteurs dominants de la lutte contre le réchauffement climatique ne se réunissent pas et n'agissent pas, il ne se passera rien.
Comment voyez-vous l'avenir ?
Nos sommes au pied de la montagne. Nous sommes fiers de ce qui a été fait mais sommes décidés à aller encore plus loin. La déclaration de Lyon va, je pense, servir de référence. C'est sont nous, les Régions, qui gérons les transports en commun, le développement économique... Nous sommes donc en première ligne.

Entretien avec Mohamed Aslam, ministre de l'environnement et du logement des Maldives
Quelle est la situation aux Maldives ?
Nous rencontrons par exemple des problèmes d'approvisionnement en eau potable. Du fait du manque d'eau de pluie, nous dépendons entièrement de nos nappes phréatiques qui sont pour certaines contaminées par l'eau salée. C'est une conséquence directe du changement climatique.
Nous devons également protéger nos îles contre l'érosion, l'attaque de l'eau qui monte. Les plus petites îles bougent, elles se déplacent, mais les habitations quant à elles sont fixes ce qui pose d'énormes problèmes. L'ingénierie pour faire face à ce genre de problèmes est extrêmement coûteuse et le budget nécessaire à la protection de nos côtes se chiffrerait en milliards de dollars.
Quelle est selon vous la bonne échelle pour lutter contre le changement climatique ?
Toutes les échelles sont bonnes. Les actions doivent être domestiques, locales, régionales et nationales. Mais le mouvement de fond doit partir d'en bas. Les gouvernements ne réagiront vraiment que si le peuple le demande. Quand la lutte contre le changement climatique deviendra un enjeu électoral alors seulement nous verrons des solutions devenir réelles.
Dans votre intervention, vous soulignez le fait que nous ne devons pas attendre et que les technologies sont prêtes.
Absolument ! N'attendons pas ! De toute façon, les Maldives ne peuvent pas attendre ! Regardez les Maldives et vous verrez le danger arriver ! Plus les gens utiliseront les technologies destinées à lutter contre le réchauffement climatique en émettant moins de carbone et de gaz à effet de serre, plus ces celles-ci deviendront plus efficaces et surtout plus accessibles financièrement. Si je ne me trompe pas, vous n'avez pas attendu que les trains soient équipés de turbos, vous avez bien commencé avec de la vapeur ?
Parce que la Région Rhône-Alpes est très engagée en matière de développement durable et qu'elle agit en précurseur de la préservation du climat, nous avons organisé avec nos partenaires Nrg4SD et The Climate Group, les 20 et 21 octobre prochain la 1ère Conférence européenne des Régions pour le climat.
Nous avons souhaité à cette occasion faire émerger une parole commune des Régions d'Europe et contribuer aux objectifs du paquet européen climat énergie, qui constitue un levier essentiel pour dynamiser les négociations internationales de la COP 17 à Durban et du sommet Rio +20 de juin 2012.
Cette conférence a constitué la 1ère édition d'une dynamique visant à optimiser la mise en oeuvre par les régions d'actions pour préserver le climat global, soulignant ainsi la pertinence de cette échelle territoriale pour concrétiser les orientations adoptées au niveau international.
Au cours de ces deux journées de travail collaboratif, nous avons produit un inventaire critique des actions menées par les Régions en matière de lutte contre le changement climatique et avons élaboré notre feuille de route pour développer les coopérations entre les Régions au service de l'action pour le climat. Nos engagements, formalisés dans « la déclaration de Lyon », ont été transmis aux négociateurs européens de la COP17.
Le débat était animé par Laure Noualhat, journaliste à Libération
Avec :
Myriam Yllamola, citoyenne de Villeurbanne (Rhône)
Adélaïde Wagner, citoyenne de Lyon (Rhône)
Jean-Michel Rivet citoyen d’Annecy-le-vieux (Haute-Savoie).