L'eau oxygénée Gifrer

Chiffres-clés

L'entreprise vend chaque année environ 1,2 million de flacons d'eau oxygénée, 0,5 miillion de vaporisateurs d'éther et... 200 millions d'unidoses stériles !

Depuis 2000, Gifrer appartient au groupe familial belge Qualiphar. Ses dirigeants, présents très régulièrement dans l'entreprise décinoise, logent au coeur des 17 ha du site : l'hôtel particulier des Barbezat est toujours là, côtoyant les bâtiments de production, centenaires pour les uns, récents pour les autres.

C'est à Lyon, en 1912, que Paul-Louis Barbezat découvrit l'eau oxygénée. D'abord utilisée pour l'industrie photographique et la soierie, elle devint un « médicament universel » à partir des années cinquante grâce au laboratoire Gifrer, à Décines.

Un flacon de verre marron, teinté dans la masse et décoré d'un griffon blanc : telle a été, pendant plus de cent ans, la bouteille d'eau oxygénée du fabricant lyonnais Gifrer. « Avec le flacon bleu d'éther, ces produits étaient des symboles des produits officinaux, même s'ils sont moins recherchés par les collectionneurs que les pots, témoigne Martine Vincent, pharmacienne à Fontaines-Saint-Martin, dans le Rhône. L'eau oxygénée était une sorte de médicament universel. Toutes les familles en avaient dans leur placard à pharmacie. On soignait ainsi les plaies, on arrêtait les saignements de nez... » Quant à l'éther, rien de tel pour décoller les pansements sans faire hurler les plus velus.

Aujourd'hui, le laboratoire Gifrer, tout comme ses concurrents, a multiplié les produits officinaux, et notamment d'autres désinfectants et des anti-adhésifs. Les conditionnements ont changé : l'éther, délivré désormais sur ordonnance, se présente en vaporisateur, afin d'éviter l'usage de cet anesthésique à des fins « stupéfiantes ». Quant à l'eau oxygénée, la voilà en flacon plastique, moins onéreux et cassable que le verre teinté. On y reconnaît toujours le griffon, cette créature de légende dessinée par le fils de l'un des fondateurs, Paul-Louis Barbezat.

Ingénieur chimiste, il s'associa, en 1912, avec les frères Gignoux, fabricants d'eau oxygénée à Lyon, pour l'industrie photographique naissante et la décoloration d'étoffes. Il venait en effet de découvrir, par une observation empirique, les propriétés pharmaceutiques de ce produit : voyant, dans les ateliers de soierie, les eaux usées contenant de l'eau oxygénée se clarifier, il comprit que ce composé détruisait les micro-organismes.

La rigueur scientifique ayant pris le relais, Gifrer fut, en 1951, le premier fabricant à obtenir une autorisation de mise sur le marché : l'eau oxygénée entrait alors dans les officines de ville et d'hôpitaux. C'est à cette clientèle que Gifrer vend aussi, depuis 1981, les millions de produits issus d'une autre de ses inventions, et copiée depuis par bien d'autres : l'unidose stérile, un petit flacon en plastique simultanément moulé et rempli de sérum physiologique, d'éosine ou de désinfectant. Sur le coin de la boîte, le griffon veille toujours. Un animal mythique que l'on appelait autrefois le « sauveteur ».

L’eau à tout faire

Pour les initiés, l'eau oxygénée s'appelle le peroxyde d'hydrogène, ou H2O2. Il s'agit d'eau contenant, après réaction chimique, davantage d'oxygène. Au contact de sang, d'un virus ou de bactéries, cet oxygène produit une petite mousse blanche : c'est le signe qu'il est en train d'attaquer ! L'eau oxygénée est ainsi bactéricide, virucide, fongicide et hémostatique. On l'utilise dans des dilutions variables (attention, bien vérifier l'indication portée sur l'emballage) pour nettoyer les plaies, mais aussi pour l'hygiène dentaire, pour des bains de pieds anti-champignons, pour la désinfection de surfaces, pour se décolorer les cheveux et ainsi devenir « blonde peroxydée »... Dans l'industrie, elle sert au blanchiment de la pâte à papier ou encore à la propulsion des fusées ! Enfin, la police scientifique l'a longtemps utilisée comme révélateur d'hémoglobine.