« 2eme édition des Journées Poissons migrateurs en Méditerranée »
Retrouvez le compte-rendu des journées organisées par MRM en partenariat avec la Région Rhône-Alpes.
2 mg de PCB/kg : c'est le seuil maximal défini pour la consommation du poisson
Marc Babut, chercheur au Cemagref-LyonEn quoi les PCB sont-ils dangereux et comment peut-on en protéger le Rhône et la population ? Les réponses de coordonnateur d'une étude sur les PCB cofinancée par la Région Rhône-Alpes.
Que sont les PCB et pourquoi sont-ils dangereux ?
Les polychlorobiphényles, ou PCB, sont des substances chimiques inventées au début des années 30 et largement utilisés jusque dans les années 80 pour leurs multiples propriétés, notamment la résistance à la chaleur. Mais ils résistent aussi à la biodégradation et on les retrouve dans les sols et les cours d'eau. Or ils sont toxiques, en particulier pour les mammifères. Dès les années 40-50, on a découvert qu'ils étaient à l'origine de pathologies aigües chez les travailleurs, puis, dans les années 70-80, qu'ils comportaient des risques de cancer, d'effets neurologiques ou sur la thyroïde et de perturbations de la reproduction.
Des mesures de protection de la santé ont-elles été prises ?
Oui, d'abord des restrictions d'utilisation, puis en 1987 l'interdiction totale de la production de PCB. Par ailleurs, après la découverte, en 1986, de la pollution du Rhône en amont de Lyon, un seuil maximum de 2mg de PCB/kg a été défini pour la consommation du poisson. Pendant plus de 10 ans, le fleuve a fait l'objet d'un suivi jusqu'à ce que ce seuil soit respecté. En 2005, l'appréciation du risque ayant évolué, une nouvelle alerte est intervenue. Un programme d'actions 2008-2010 a été lancé, permettant une baisse progressive des concentrations de PCB dans les poissons et les sédiments de surface. Un deuxième programme 2011-2013 est en cours.
Toutes les régions étant concernées, un plan national a également été mis en œuvre en 2008.
Pourquoi ne retire-t-on pas les PCB des eaux du fleuve ?
C'est possible dans l'absolu, mais chaque fois que l'on déplace des sédiments contenant ces contaminants, on court le risque d'en envoyer une partie vers l'aval. D'autre part il n'existe pas à l'heure actuelle, de cadre de gestion satisfaisant pour ces sédiments. Mais un programme de recherche du pôle de compétitivité Axelera (chimie-environnement) est consacré à leur élimination.
L'alose, poisson de mer proche de la sardine, remontait le Rhône sur plus de 450 km dans les années 1950. Il parcourt aujourd'hui 180 km et n'arrive plus en Rhône-Alpes. Le constat est identique pour de nombreux poissons migrateurs.
En un siècle, le fleuve Rhône a fait l'objet d'aménagements importants pour la navigation et la production hydroélectrique et les ouvrages créés ont eu pour effet de constituer des obstacles difficilement franchissables par les poissons, notamment par les grands migrateurs du Rhône : aloses, anguilles, lamproies. Les aménagements du siècle dernier ont eu aussi pour conséquence d'appauvrir l'ensemble des milieux, faune et flore des rives. Ce sont des espaces naturels d'une grande richesse biologique et paysagère qui ont souvent été négligés, voire détruits.
Des équipements sont en cours de réalisation pour permettre aux différentes espèces de recoloniser le fleuve. Les projets de restauration de milieux naturels, notamment des lônes, sur le Rhône et ses affluents sont nombreux, avec pour préoccupation constante de garantir la qualité des eaux et le partage de la ressource.