La Guitare de Cabrel

2 écoles

L’histoire de la guitare moderne est assez récente, elle remonte au milieu du XIXe siècle avec deux noms à l’origine de deux écoles :
Torres en Espagne et Martin aux États-Unis.
Franck Cheval en possède une de 1898. Il va en restaurer une autre de 1935.

Deux mois sont nécessaires pour fabriquer une guitare acoustique. « Tout part du bois », explique Franck Cheval.

De l’épicéa ou de l’érable ondé pour la caisse de résonance, de l’acajou, du palissandre, de l’ébène, pour le corps et le manche. Le luthier drômois utilise également de l’amourette, du bois de rose pour la marqueterie et la décoration de l’instrument.
L’épicéa vient de trois forêts du Jura où il a poussé régulièrement et longtemps, jusqu’à deux cent cinquante ans parfois, l’érable de moyenne montagne, l’acajou le plus recherché du Honduras, le palissandre d’Inde ou de Madagascar. Coupé en fin d’hiver, le bois est séché naturellement pendant des mois ou des années avant d’être travaillé. Certains bois ont attendu plus de cent ans : « Je passe beaucoup de temps à trouver les marchandises, parfois près d’un an à les réunir », explique Franck Cheval.
Le montage à la française consiste à fabriquer d’abord la caisse, puis le manche, avant d’assembler les deux éléments. « Je cintre les éclisses (côtés) dans un moule, puis je fabrique le fond et la table avant de fermer la boîte, en une semaine. Parallèlement je chantourne le manche et les touches dans de grandes planches et je profile les manches. » Tout est travaillé à la râpe et au rabot. « La main est plus subtile que la machine », glisse l’artisan. Assemblée, la guitare est poncée, puis vernie.

Reste à réaliser les décors avec de la nacre ou des bois précieux, en tête de manche, dans les parties inertes de la guitare. « Il m’arrive de passer plus de temps à décorer qu’à fabriquer », notet- il. Dernières singularités des guitares de Franck Cheval : certains des boutons, clés ou mécaniques destinés à accorder la guitare sont en buffle noir.
Plus exceptionnel encore, des sillets de chevalet ou de tête, ces barrettes sur lesquelles reposent les cordes, sont taillés dans des fossiles de mammouth, vieux de quelque 5 000 ans ! « Quand on le ponce, il dégage la même odeur ambrée que celle de l’éléphant. » Le mammouth se révèle plus tendre que d’autres os employés habituellement. Il résonne différemment, conférant une sonorité particulière à ces guitares d’un autre temps.

Crédit photo : Juan Robert

Cabrel : « Franck est un orfèvre »

« J’ai connu et rencontré Franck, il y a pas mal d’années, lors d’un Salon de la Musique à Paris. Au milieu d’une allée, il y avait une guitare dans une cage en verre. Elle avait été faite spécialement pour Marcel Dadi et tout le salon bruissait du nom de son auteur, Franck Cheval. Je suis allé le rencontrer sur son stand, et j’ai de suite apprécié l’authenticité du personnage. La nouveauté pour moi, qui n’avait joué jusqu’alors que sur des guitares d’usines, était que l’on pouvait ou devait tout choisir. M’appuyant sur ses conseils d’une grande pertinence, je lui commandais une grande guitare folk de type « Jumbo ». Son vernis tirait vers le rouge. Le délai fût de quelques mois et le résultat magnifique. J’en ai acheté cinq autres depuis ! Franck est en même temps un artiste et un artisan méticuleux.
Son art se rapproche de celui des orfèvres tellement ses guitares sont d’une esthétique et d’un goût parfait. »

600 guitares en trente ans

Tout naturellement, Franck Cheval est venu à la fabrication de guitares par la musique. Mais sans avoir suivi une école professionnelle. Autodidacte, il a appris à travailler le bois avec un ami sculpteur, en réalisant des meubles.
Il s’est aussi inspiré de plans parus dans la revue d’une association américaine spécialisée.
Trente ans après son installation à Saint-Michel sur Savasse, près de Romans, il va fêter et sortir en 2011 sa six centième guitare.
Parmi ses clients, des anonymes, des instituteurs amateurs de guitares folk, jazz ou électro-acoustique, des musiciens comme Marcel Dadi, des chanteurs comme Johnny, Diane Tell, Mickaël Jones ou Francis Cabrel.
« Je lui en ai fait une première pour son album Sarbacane. Six ou sept ont suivi, raconte le luthier drômois. Il m’en commandera peut-être une pour son prochain album en 2012. » Seul détail qui a évolué au fil des ans, la moustache de ces guitares – le profil de la tête du manche – est devenue plus prononcée.