Le Théâtre National Populaire de Villeurbanne

70 000 spectateurs chaque saison

En 2014, le budget global du TNP atteindra 10 millions d’euros. Centre dramatique national, il est financé à 45 % par l’État, à 22 % par Villeurbanne et à 5 %, respectivement, par les conseils régional et général.
Le théâtre emploie 50 permanents et, chaque saison, une cinquantaine d’intermittents. Avec quelque 230 représentations, il accueille 70 000 spectateurs par saison.

Chiffres-clés

1920 : Firmin Gémier crée le Théâtre national populaire au palais du Trocadéro.

1951 : Jean Vilar prend la tête du TNP, au palais de Chaillot.

1972 : le TNP s’installe à Villeurbanne et sa direction est confiée à Patrice Chéreau, Robert Gilbert et Roger Planchon.

2002 : Christian Schiaretti prend la tête du TNP.

Le TNP, la maison de théâtre

Place Lazare Goujon, Villeurbanne. Le Théâtre national populaire a sa façade des beaux jours, lumineuse et flanquée du sigle familier, flambant neuf : TNP. Le théâtre prépare la saison 2011-2012. Après quatre ans de travaux, sa grande salle rouvre en octobre.

Sa petite et nouvelle salle Jean-Bouise fonctionne déjà depuis 2009. Christian Schiaretti, metteur en scène et directeur du TNP, avait, à son arrivée en 2002, l’ambition de créer une troupe d’acteurs permanents dotée d’outils de travail performants. Pari tenu. Neuf ans plus tard, les douze comédiens du TNP multiplient les spectacles et les succès, publics et critiques. Quant aux outils, ils sont prêts, à l’issue d’un chantier de 33 millions d’euros : sur 15 000 m2, deux salles de 250 et 700 places, quatre studios de répétition, lieux de stockage et ateliers, bureaux et brasserie… Des conditions indispensables, selon le directeur, pour « faire des créations et s’inscrire dans la continuité de la tradition populaire du lieu ».

Le TNP, une idée révolutionnaire

« Le TNP est d’abord une idée, soutient Jean-Pierre Jourdain, le directeur artistique, née de la Révolution française et développée par Hugo qui, le premier, rêva d’un théâtre national et populaire. » En 1920, à Paris, le grand acteur Firmin Gémier ouvre le Théâtre national populaire qui, jusqu’à sa mort en 1933, présente des spectacles de qualité à un large public. En 1951, après une « éclipse », Jean Vilar est nommé par l’État à la tête du Théâtre national populaire à Chaillot. Avec des comédiens engagés, dont Gérard Philippe, l’inventeur du festival d’Avignon y défend un théâtre de service public, qui apporte à tous de grandes oeuvres, souvent classiques. George Wilson, qui lui succède en 1963, propose un répertoire plus contemporain.

En 1972, coup de théâtre de la décentralisation, le TNP quitte Paris pour Villeurbanne. Sa direction est confiée à Patrice Chéreau, Robert Gilbert et Roger Planchon qui, en 1957, avait créé le Théâtre de la cité au coeur des Gratte-Ciel. « Il y avait, je crois, une fierté à hériter du sigle et de l’ambition populaire du théâtre », se souvient Isabelle Sadoyan, comédienne et costumière de la bande de Planchon dès les années 1950.

À Villeurbanne, le TNP conserve une mission de service public, très incarnée par Planchon, avec Chéreau puis, de 1986 à 1996, Georges Lavaudant. Leurs créations d’importance, classiques et contemporaines, se succèdent. De grands artistes sont accueillis, de Tadeusz Kantor à Richard Brook ou Pina Bausch. En 2002, Planchon passe la barre à Schiaretti, venu de la Comédie de Reims.

Une nouvelle ère s’engage, toujours dans la tradition du service public. Le nouveau directeur prête une attention particulière aux comédiens, les permanents, tous issus de l’Ensatt(1), ceux de Paris ou de la région. Avec eux, il bâtit un répertoire : L’Opéra de quatre sous, Père, Par-dessus bord, Coriolan, des Molière ou, cette année, La Célestine, Don Juan et Don Quichotte… (2)

(1) : École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Lyon 5e)
(2) Des succès dont certains sont édités en DVD.

En savoir plus : Article paru dans le numéro 21 - Eté 2011 du journal Rhône-Alpes

Sur le web : Site du TNP

Infos pratiques : Pour sa réouverture, le TNP édite le 11 novembre 2011 un livre sur son histoire, qui fera aussi l’objet d’une exposition permanente dans le théâtre.

On travaille dans la joie

« Travailler tous les jours, c’est très fort, estime Olivier Borle, comédien recruté en 2003. On répète et on joue beaucoup et, du coup, on travaille dans la joie. » Isabelle Sadoyan approuve. Elle se rappelle son émoi quand le metteur en scène lui a proposé de revenir jouer au TNP dans Père, de Strindberg, en 2005 : « L’esprit de troupe apporte une jubilation de jeu. Et Christian ouvre le théâtre comme une maison. »

Cette « maison » est celle des comédiens, réunis en association. Celle des artisans, techniciens et administratifs qui font vivre l’entreprise. C’est aussi la maison du public. Anne Reveyrand, spectatrice villeurbannaise depuis l’enfance, l’enthousiasme : « Entre les spectacles, lectures et discussions, il y a une grande proximité avec le théâtre. » Même ferveur chez André Séva, qui vient depuis 2007 avec le conseil de quartier des Brosses : « Ma famille n’allait pas au théâtre. Moi, j’ai adoré tous les spectacles. Et rencontrer les comédiens au cabaret, après, c’est magique. On n’arrive plus à partir. » Voilà qui rejoint le voeu du directeur de faire du TNP « un lieu où l’on vient plus tôt pour en repartir plus tard. Pour faire usage du théâtre ». Rendez-vous pris cet automne, avec Ruy Blas, de Victor Hugo…

Rhône-Alpes la populaire

Avec plus de 250 lieux consacrés aux spectacles vivants, dont cinq centres dramatiques nationaux, autant de scènes nationales et 37 théâtres régionaux, Rhône-Alpes est, depuis longtemps, une grande région de théâtre populaire. Dès 1947, dans le mouvement de décentralisation, Jean Dasté crée la Comédie de Saint-Étienne, le premier Centre dramatique national. Il pratique un théâtre généreux, de tréteaux, qui déplace les spectacles là où sont les gens : sur les places de village, dans des salles des fêtes et sous chapiteau. La tradition a d’ailleurs été reprise depuis 2003 par Jean-Claude Berutti et François Rancillac, qui dirigent alors le CDN et créent Le Piccolo, un théâtre itinérant dans la Loire et la Haute-Loire. Depuis dix ans, la Comédie de Valence (autre CDN), promène aussi ses spectacles dans la Drôme et l’Ardèche, tandis que le Théâtre des Célestins lyonnais fait voyager certaines productions dans le Rhône, sous chapiteau.

Le Théâtre national populaire, le TNP, à Villeurbanne, propose à tous un théâtre de qualité. Après quatre ans de travaux, il rouvre à la rentrée avec Ruy Blas, une pièce de Victor Hugo.