Claude Bernard, le père de la médecine expérimentale

12 juillet 1813
naissance à Saint-Julien-sous-Montmelas dans le Beaujolais


Janvier 1832
apprentissage dans une pharmacie de Lyon-Vaise


1833
installation à Paris

1836
début des études de médecine


1843
diplôme de docteur en médecine


1854
élection à l’Académie des sciences


1855
nomination à la chaire de médecine au Collège de France


10 février 1878
mort à Paris où il a droit à des funérailles nationales

Avec 4 400 000 échantillons de végétaux et de champignons, issus notamment de la donation de Roland Bonaparte, petit-neveu de Napoléon 1er, en 1925, l’herbier de Lyon 1 est la deuxième collection au monde derrière celle de Harvard. Elle attire les chercheurs du monde entier. L’ouverture au grand public est rare. Les prochaines journées du patrimoine les 17 et 18 septembre constituent une occasion inespérée.

  • Campus de la Doua, 9, rue Dubois à Villeurbanne

Japonais et Anglais

Nombreux sont les étrangers parmi les 600 visiteurs annuels du musée Claude Bernard, à Saint-Julien : des Japonais « qui connaissent tout de sa vie » à cette Brésilienne qui lui consacre sa thèse. De même, c’est un Anglais, médecin et scientifique, Peter Wise, qui a réalisé le site internet (bilingue) le plus complet sur la vie du savant. Il est d’ailleurs en train d’écrire un roman
biographique sur Claude Bernard qui paraîtra à la fin de l’année.

Claude Bernard ? C’est l’un des Français les plus connus à l’étranger ! »

...s’exclame Guy Annat, ancien vice-président du conseil d’administration de Lyon 1. « Ce médecin, qui a donné son nom à l’université, a révolutionné la biologie en finalisant la méthode expérimentale : on fait une hypothèse, une manipulation, et on en déduit quelque chose. » Ce raisonnement était, au xixe siècle, totalement nouveau. Au point que cet enfant du Beaujolais est considéré aujourd’hui dans le monde entier comme une sommité de la recherche médicale. Le petit Claude n’avait pourtant pas la bosse des maths. Sa passion, c’était la littérature. Né en 1813 dans une famille de marchand de vin de Saint-Julien-sous-Montmelas, petit village niché dans les vignes, il ne brille ni à l’école du village ni au collège jésuite de Villefranchesur-Saône, où il entre recommandé par le curé du village. Le déclic ne vient pas non plus au collège de Thoissey, dans l’Ain, où ses parents l’envoient plus tard dans l’espoir d’une prise en main salvatrice. Il découvre les romantiques, Victor Hugo et la philosophie, mais en sort sans baccalauréat ni aucune qualification. Grâce à un ami, il trouve à Lyon-Vaise un emploi d’apprenti dans une pharmacie. Mais ce cartésien n’apprécie guère l’approximation des préparations de l’officine et préfère se consacrer secrètement à l’écriture d’une pièce de théâtre. Ce manque d’enthousiasme, ajouté à quelques maladresses, mettra un point final à cette première activité. Pour le plus grand plaisir du jeune Claude, qui s’apprête, avec la complicité de sa mère, à conquérir Paris. Son vaudeville Rose du Rhône a connu le succès dans un petit théâtre lyonnais. Il fera un triomphe à la capitale avec son nouveau drame historique Arthur le Breton. Du moins le croit-il. Hélas, le verdict du célèbre critique Girardin, à qui il confie son manuscrit, est sans appel : « Vous avez fait de la pharmacie. Pourquoi n’étudiez-vous pas la
médecine ? Vous pourriez être meilleur en écrivant des articles scientifiques. »


Le bac à 21 ans

Là où d’autres se seraient obstinés, Claude Bernard a l’intelligence de se ranger à cet avis. Il a l’esprit curieux et le cerveau bien fait. Pour entreprendre des études de médecine, il lui faut le baccalauréat. Il l’obtient à la deuxième tentative, en 1834. Il a 21 ans. Commence alors pour lui une vie d’étudiant passionnante : quand il n’est pas en cours à la faculté de médecine, il assiste, au prestigieux Collège de France, à de multiples conférences. Rapidement, il a la conviction que la médecine clinique ne l’intéresse pas et qu’il consacrera sa vie à la recherche. Avec la dissection de corps humains pendant son externat, il acquiert une expérience déterminante pour ses travaux futurs. « L’autre grand concept de Claude Bernard, c’est celui du “milieu intérieur”, note Guy Annat. Le principe selon lequel toutes les cellules des organismes communiquent entre elles par l’intermédiaire des liquides. » Lorsque le fonctionnement de cellules est défaillant, c’est le signe que l’organisme est malade. « C’est grâce à ce type de découverte que l’on peut aujourd’hui déceler un diabète à partir d’un taux de glucose élevé dans le sang. »
L’expérience du foie lavé Tout au long de ses études puis au Collège de France, où il enseigne à son tour, comme à l’Académie des sciences où il est brillamment admis, il poursuivra ses travaux sur les sucs gastriques, le cerveau, le foie, le curare même ! En dépit de certaines critiques, ses recherches font autorité. Quand il meurt à Paris, le 10 février 1878, il est le premier scientifique auquel des funérailles nationales sont accordées. Au musée qui porte son nom à Saint-Julien, sans doute serait-il heureux de voir les jeunes visiteurs pratiquer l’expérience « du foie lavé » qui lui permit de mettre au jour la fonction glycogénique de cet organe. Dans les vitrines de ce lieu au charme désuet et à la décoration Second Empire, des cornues, des pipettes, mais aussi beaucoup d’instruments de vivisection. Cette pratique sur des animaux endormis à l’éther ou au chloroforme valut au savant la condamnation de l’Église. Son épouse entraîna même leurs deux filles dans un combat acharné contre ses travaux. « Il utilisait beaucoup de grenouilles que les enfants du village allaient pêcher pour lui dans le marais du château, précise Christian Guillarme, le président des Amis du musée Claude-Bernard. C’est ce qui vaut aux habitants de Saint-Julien le surnom de “grenouillards” et nous en sommes très fiers ! » Bien qu’installé à Paris, Claude Bernard, qui travailla avec Pasteur sur la fermentation du vin, ne manquait jamais, sauf événement exceptionnel (lire page 18), une campagne de vendanges. Il avouera même être passionné par la vigne autant, sinon plus, que par la science.

Claude Bernard Lyon I, première université de santé

Ouverte en 1971, l’université Claude-Bernard Lyon 1 fête ses quarante ans cette année. Avec plus de 14 500 étudiants inscrits en santé (sur 36 000) pour l’année 2010-2011, elle est la première
université française dans le domaine de la santé. Sur ses campus Lyon-Est et Lyon-Sud, elle forme aux professions médicales (chirurgien-dentiste, gynécologue, médecin, pharmacien) et paramédicales (audioprothésiste, ergothérapeute, masseur-kinésithérapeute, orthophoniste, orthoptiste, psychomotricien). Premier partenaire du CNRS en région, Lyon 1 compte 71 unités de recherche et prépare plus de 250 diplômes. L’université compte 12 % d’étudiants étrangers de 125 nationalités.

Connu dans le monde entier, l’élève médiocre de Saint-Julien-sous-Montmelas dans le Beaujolais a su exploiter sa curiosité naturelle et l’étude des grenouilles pour révolutionner la biologie. Grâce à ses travaux, on peut aujourd’hui déceler un diabète.