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Alexandre Chevalier, coordinateur prévention jeunesse à l’ALS (Association de lutte contre le sida)
« Un dispositif très abouti »
« Nous avons été associés à la phase de concertation du dispositif de pass contraception-prévention en proposant notamment aux jeunes une pièce de théâtre suivi d’un débat sur le thème de la contraception. Nous avons pu confronter les points de vue, affirmer certains principes forts tels que l’anonymat, mais aussi infirmer certaines idées reçues. Il est par exemple faux de penser que la majorité des jeunes s’informe sur internet. Cette étape préalable a montré aux élus que le sujet n’est pas si tabou, à condition que l’on offre des espaces de parole. »
Pass contraception… prévention
« Je me réjouis que cet outil contienne un large volet prévention. Il contribue à la lutte contre le SIDA en prévoyant la mise à disposition de préservatifs. Notre association va poursuivre ses interventions en milieu scolaire dans le cadre de ce pass et du dispositif Demain en main. C’est essentiel pour compenser le désengagement de l’Etat en la matière. Le lycée est un lieu de vie incontournable pour toucher tous les jeunes. Je veux souligner la qualité du travail réalisé par la Région en terme d’écoute, d’échanges et de prise en compte des remarques. Tant au niveau de la réflexion que de la mise en œuvre, ce pass, s’il n’est pas le premier à être proposé par une collectivité, est le projet le plus abouti. »
Les jeunes plébiscitent l’anonymat
Maureen, Anissa, Coralie et Laura. Ces élèves du lycée René Cassin de Rive de Gier (42) sont unanimes. « Pour beaucoup d’entre nous, la contraception reste un sujet tabou dans le cercle familial, on n’ose pas en parler avec nos parents. Ce pass va nous permettre d’être autonomes et d’aller voir seul un médecin. L’anonymat garanti par ce dispositif est essentiel » confient-elles en chœur. « La pilule est de notre responsabilité mais nos petits copains doivent aussi nous y faire penser. En revanche, le port du préservatif concerne plutôt les garçons, même si nous devons parfois les rappeler à l’ordre. » Luc, leur camarade de classe, considère ce nouvel outil comme une arme préventive de santé publique pour « faire baisser le nombre d’IVG, prévenir les grossesses non désirées mais aussi maintenir la protection contre le virus du VIH.»
Encore beaucoup d’idées fausses
Infirmière scolaire au sein de l’établissement, Jacqueline Fond pointe un réel déficit d’informations. « Nous organisons des interventions sur la puberté et la contraception pour libérer la parole des jeunes, qui n’en parlent pas naturellement. On s’aperçoit qu’il subsiste encore beaucoup d’idées fausses, par exemple que l’on ne peut pas tomber enceinte lors d’un premier rapport sexuel. Grâce à ce pass, ils pourront rencontrer des professionnels de santé, obtenir des informations fiables et choisir un moyen de contraception en toute confidentialité. »
Entretien avec Jean-Michel Dreyfus, gynécologue obstétricien à Lyon
Filles ou garçons, même « combat » ?
« Les garçons restent assez peu sensibilisés à la contraception. Ce sont encore souvent leurs partenaires qui prennent les devants, même si le SIDA a changé les mentalités et banalisé l’usage du préservatif. En même temps, la nette amélioration du traitement de la maladie, notamment avec les trithérapies, pourrait engendrer une baisse de la prévention primaire. Concernant la contraception orale, il m’arrive de recevoir des jeunes filles de quinze ans qui viennent en toute discrétion au cabinet, mais beaucoup ne prennent pas la pilule parce qu’elles ne veulent pas le dire à leurs parents. »
Toujours autant d’IVG, depuis trente ans
Les Françaises sont parmi les premières utilisatrices, en Europe, de moyens contraceptifs. Pourtant, on constate une désespérante stabilité des IVG (interruptions volontaires de grossesse), quelque 200 000 actes par an. La pilule reste une notion très abstraite. La gestion des oublis, par exemple, n’est pas enseignée. Or, 90% des femmes concèdent avoir oublié leur pilule au moins une fois dans les six derniers mois. Elle ne convient pas, non plus, à toutes les femmes et il existe d’autres moyens. C’est moins un défaut d’information qu’une méconnaissance de la contraception qui est en cause.
Prévenir et sensibiliser
Le Pass contraception prévention ne va pas pallier toutes les carences en la matière, mais il me semble être un outil préventif indispensable. Il nous permettra aussi de sensibiliser les jeunes femmes à d’autres actes de santé publique, par exemple le vaccin contre le cancer du col de l’utérus à faire entre 12 et 16 ans.