Jean-Jacques Rousseau, écrivain voyageur

La Révolution et Bonaparte

En 1762, le peuple du royaume de France découvre le Contrat social, un brûlot : « Aucun homme n’a d’autorité naturelle sur son semblable…Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. »
Bonaparte affirmera : « C’est lui qui a préparé la Révolution. »

Chambéry et la douceur de vivre

À propos des Savoyards, Rousseau écrit : « C’est le meilleur et le plus sociable peuple que je connaisse. S’il est une petite ville au monde où l’on goûte la douceur de la vie dans un commerce agréable et sûr, c’est Chambéry. »

28 juin 1712
Jean-Jacques Rousseau naît à Genève, de parents d’origine française.

1739
Il écrit son premier texte, Le Verger de madame la baronne de Warens.

1750
Il publie le Discours sur les sciences et les arts.

18 octobre 1752
Son opéra Le Devin du village est interprété devant le Roi Louis XV.

1755
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité.

1762
Il publie Du contrat social et Émile, ou De l’éducation.

1765 à 1770
Il rédige et publie Les Confessions.

2 juillet 1778
Il meurt à Ermenonville, avant la publication des Rêveries du promeneur solitaire.

Jean-Jacques Rousseau, écrivain voyageur

Il était aussi philosophe, romancier, précurseur de l’anthropologie, compositeur et théoricien de la musique, herboriste… Il a sillonné la région, y trouvant l’inspiration et l’amour. En 2012, Rhône-Alpes fête Rousseau, né il y a trois cents ans.

"La vie nomade, instable, de Rousseau, le conduisit à fréquenter, au coeur des provinces qui forment aujourd’hui la région Rhône-Alpes, bien des lieux, des villes, des chemins où se joua une part insigne de sa destinée.» Ainsi débute le livre du Stéphanois Lionel Bourg, La Croisée des errances. L’auteur vient de glisser ses pas dans ceux de Jean-Jacques Rousseau. Une manière de célébrer en 2012 le tricentenaire de la naissance de celui qui fut écrivain, philosophe, romancier, précurseur de l’anthropologie, compositeur et théoricien de la musique, herboriste…
Itinérant, Jean-Jacques Rousseau le fut tant et si bien qu’il passa, outre des séjours en Suisse, à Paris ou encore à Dijon, plus de 16 années dans de multiples lieux de la région. Il y eut d’abord ces deux années d’enfance à Bossey, village alors genevois, aujourd’hui haut savoyard.
Puis le « coup de foudre » d’Annecy : le 21 mars 1728, il fait connaissance de madame de Warens près de l’église des Cordeliers où, aujourd’hui, un balustre d’or commémore leur rencontre. Il a 16 ans, elle, près de 30… Cet orphelin de mère trouve auprès de celle qu’il appelle « Maman » une affection filiale. Elle se transformera lorsqu’elle lui ouvre son lit, dans une « guinguette» de Chambéry.
Jean-Jacques Rousseau reste nomade dans l’âme : dans la seule année 1730, il part pour Lyon en passant par Seyssel et Belley, et, quelques mois plus tard, entreprend une excursion à Thônes. L’année suivante, il se rend de Paris à Lyon par le Forez, puis rejoint Chambéry par Les Échelles et la cascade de Coux. Madame de Warens loge à présent dans la capitale de la Savoie. Mais la nature manque à Rousseau : le couple s’installe aux Charmettes, une maison « à la porte de Chambéry, mais retirée et solitaire comme si l’on était à cent lieues ».

Le nid d’un premier amour

Dans ses Confessions, il écrit : « Ici commence le court bonheur de ma vie, ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m’ont donné le droit de dire que j’ai vécu. » Empruntant la petite route ombragée, Alphonse de Lamartine résume l’esprit du lieu : « Pour les poètes, c’est la première page de cette âme qui fut un poème ; pour les philosophes, c’est le berceau d’une révolution ; pour les amants, c’est le nid d’un premier amour. »
Inspiré par les murs de lourdes pierres abritant un petit autel à Notre-Dame des Ermites, il l’est aussi par ce jardin tiré au cordeau où sa belle lui cueillit une pervenche… Jean-Jacques l’autodidacte se constitue là son « magasin d’idées ». Il ne s’y fixera pas plus. Il se rend à Montpellier, mais, en cours de route, descend de son cheval à Grenoble pour assister à une pièce de Voltaire, puis de Moirans, repart en voiture. Un long périple au cours duquel il a le temps de « découvrir le plaisir » dans une courte mais intense idylle avec Mme de Larnage, noble dame de Bourg-Saint-Andéol. Mais ses voyages ne sont pas toujours aussi frivoles : à Lyon, il échafaude les prémices de sa philosophie politique, détaillée dans Du contrat social et dans Émile ou De l’éducation. Il prône l’égalité, la liberté, l’autodétermination des peuples… Il verra ses oeuvres censurées et brûlées, sera chassé de France, puis de Suisse. Il doit prendre le pseudonyme de Jean-Joseph Renou pour revenir à Lyon, puis à Bourgoin. Là, le 30 août 1768, il épouse une servante, Thérèse Levasseur, avec laquelle il est lié depuis 1745, puis se retire avec elle à la ferme Monquin, de Maubec. Il rédige la seconde partie de ses Confessions pour tenter de mieux se faire comprendre. À nouveau, la nature et le calme l’inspirent mais il garde la bougeotte, partant, à pied, pour herboriser en Chartreuse ou dans le Pilat. Malgré les « essaims d’espions alveillants » qui l’entourent, il tente même de faire chanter en canon
ses compagnons, affirmant : « La source du vrai bonheur est en nous. »