Les mariniers

Repères

  • Ier siècle après J.-C. : Arles est un port florissant et les bateliers organisés en nautes.
  • XVe siècle : Les chevaux remplacent les hommes au halage.
  • 1829 : Le Pionnier, bateau à vapeur, relie Arles à Lyon en trois jours.
  • 1880 : Premier plan d’aménagement du Rhône entre Lyon et la Méditerranée.
  • 1921-1933 : Loi d’aménagement du Rhône, puis création de la Compagnie nationale du Rhône.
  • 21 mars 2007 : Signature du contrat du Plan Rhône entre l’état, les Régions, la CNR, le comité de bassin Rhône-Méditerranée, les Voies navigables de France, l’Agence de l’eau et l’ADEME.

Les pirates, braconniers du Rhône

Dans Pirates du Rhône, Bernard Clavel écrit un drame sur les « petites gens » du fleuve. Parmi eux, les Balarin, « une nichée de pirates », des braconniers, pêchent au filet la nuit. Dans la réalité, certains travaillaient même à l’explosif ! Le romancier décrit l’attachement de cette famille au fleuve, sa connaissance intime des eaux et des rives. Il narre aussi comment, dans les années 1950, l’aménagement du Rhône signa leur fin. Ou presque. Certaines nuits, sous certains ponts, on aperçoit encore une barque qui glisse sur les eaux du fleuve roi. Les pirates du Rhône n’auraient-ils pas dit leur dernier mot ?

  • Pirates du Rhône, de Bernard Clavel, éd. Robert Laffont, 198 pages, 17 euros
  • Film documentaire "Les pirates du Rhône" de Jean Aurenche et Pierre Charbonnier.

Les mariniers, ces hommes du fleuve

Bravant les flots depuis l’Antiquité sur le Rhône, les mariniers, ou bateliers, se sont adaptés à l’arrivée du bateau à vapeur, ont résisté au développement du train et même, plus difficilement, au tout camion de l’après-guerre. Aujourd’hui, ils font face à un nouveau défi : le renouveau du transport fluvial.

Insoumis et incontournable. Tel fut le Rhône, « fougueux comme un torrent, mais unique car il relie la Méditerranée à l’intérieur de l’Europe », explique André Vincent, directeur scientifique de la Maison du fleuve Rhône, à Givors. Dès l’Antiquité, les Romains domptent ses flots pour y transporter des denrées, mais aussi, déjà, des passagers. Très vite, les mariniers composent une société très organisée, avec ses matelots, artisans, entreprises et ses corporations : les nautes.
Le travail est saisonnier. Jusqu’au XIXe siècle, où le Rhône sera aménagé, on ne navigue qu’entre six et neuf mois dans l’année, quand le fleuve n’est ni trop bas, ni trop haut. Jusqu’à l’arrivée des bateaux à vapeur, vers 1830, le courant est également le maître : il entraîne les embarcations à la descente, mais il faut le contrer à « la remonte », en halant les bateaux depuis la rive.
D’abord humain – esclaves des Romains ou haleurs médiévaux –, le halage est assuré par des chevaux au XVe siècle. Toute une économie se développe alors autour du fleuve pour restaurer hommes et bêtes. Début XIXe, à l’apogée du transport fluvial, « les bateliers sont de vrais maîtres sur le Rhône », note André Vincent. La vapeur, en 1830, met fin au halage. Trente ans plus tard, elle est à son tour dépassée par le rail. Les entreprises fluviales se regroupent et recrutent des mariniers, tandis que des artisans se maintiennent sur de plus petites rivières.

Le retour du bateau

Sur le Rhône, le trafic chute et, en un siècle, l’aménagement de digues, barrages, écluses et canaux, bride les flots. Étonnant paradoxe, remarque André Vincent : « Dans les années 1980, alors que le Rhône est, entre Lyon et la mer, une voie d’eau moderne et idéale pour la navigation, le transport fluvial a considérablement régressé. » Les mariniers et bateliers doivent partager leur fleuve avec les producteurs d’électricité et les agriculteurs. Mais surtout, le choix du « tout camion » détourne producteurs et commerçants du bateau.
Le métier s’en ressent. « De 12 000 artisans bateliers en 1945, nous sommes tombés à 700 vers 1999 en France, constate Bruno Cossiaux, président régional de la Chambre nationale de la batellerie artisanale. Mais aujourd’hui, nous sommes à nouveau 1 100, dont une quarantaine sur le Rhône. Avec le souci du développement durable, le fluvial, combiné avec la route et le rail, a toute sa place. D’autant que nous transportons davantage en un seul voyage. »
Le développement du transport fluvial transforme la flotte. Sur le Rhône, la traditionnelle péniche Freycinet (350 tonnes) ne couvre plus que 2 % du trafic, alors que 120 bateaux à grand gabarit charrient chaque jour de 1 500 à 4 000 tonnes. Le métier des mariniers évolue. La plupart d’entre eux sont salariés de groupes comme la Compagnie fluviale de transports ou la River Shuttle Containers, aux grades les plus divers, de commandant à simple matelot. Les artisans, dont la moitié sont des femmes, gèrent encore 30 % de la flotte sur le Rhône et s’adaptent. Si les outils de pilotage et de communication s’améliorent, les journées de travail restent longues ; et la concurrence, rude.
A la quarantaine, Viviane et Pierre Dubourg, artisans bateliers, sont salariés depuis un an. « Nous avons été embauchés par le frère de mon mari, précise-t-elle. Nous nous relayons avec lui une semaine sur deux entre Lyon et Fos-sur-Mer, pour transporter des conteneurs. Cela nous permet de conserver une certaine indépendance. »
Convoyant aussi des conteneurs, Franck Leleu, 33 ans, relie, lui, Valence et Fos-sur-Mer à bord du Calypso, son bateau de 100 mètres. S’il est la cinquième génération d’une famille d’artisans bateliers du Nord, il refuse tout folklore. « Je suis un entrepreneur de transport fluvial, précise-t-il. Je suis venu ici en 2010 parce qu’avec le Plan Rhône il y a une vraie opportunité de développer un transport fluvial moderne. Le Rhône est un outil superbe. Il faut encore améliorer les plates-formes et trouver de nouvelles solutions de transport. »

Une école adaptée pour les enfants

Scolariser les enfants est un casse-tête pour les bateliers itinérants. C’est pourquoi Viviane Dubourg et d’autres parents ont créé il y a trois ans l’Association familiale de la batellerie du bassin rhodanien, qui recherche, avec les collectivités, des solutions pour la trentaine d’enfants du bassin. « C’est peu, concède la batelière. Mais pourquoi ne pas mutualiser des internats qui accueilleraient aussi les enfants d’autres professionnels aux horaires difficiles ? Des restaurateurs, par exemple. »

Le pardon et le lien

Joutes, animations, péniches décorées, messe, visite du bateau-chapelle le Lien : le Pardon des mariniers, chaque année en juin à Lyon, est une fête religieuse et populaire. C’est l’occasion de se rencontrer pour les gens « d’à bord » et ceux « d’à terre » et de se rappeler les fêtes qui, autrefois, célébraient le fleuve.

Musée des mariniers

Installé dans la magnifique chapelle romane de Saint-Sornin, à Serrières, dans la Drôme, le musée des Mariniers possède une belle collection de croix de mariniers et de tableaux. Idéal pour découvrir la batellerie de bois, dans un site qui fut, naguère, un haut lieu de la navigation sur le Rhône.
Le musée des Mariniers du Rhône, ouvert d’avril à octobre, à Serrières.