La poêle Tefal

La plus grosse usine de casseroles au monde.

Avec un effectif de 1850 personnes et un chiffre d’affaires de 450 millions d’euros en 2011, Tefal est, à Rumilly (13 000 habitants), une ville dans la ville. « C’est probablement, selon Xavier Sabourin, la plus grosse usine au monde d’articles culinaires. » Dans ce site de 200 000 m2, 190 000 disques d’aluminium sont chaque jour emboutis, sablés, émaillés, enduits de PTFE, vitrifiés, cuits à très haute température… avant d’être équipés d’une poignée, vérifiés, emballés et expédiés dans le monde entier.

La poêle qui n'attache vraiment pas

Poêle Tefal

Depuis Rumilly, en Haute-Savoie, « la poêle qui n’attache vraiment pas » a conquis le monde. En 2012, elle fait entrer dans sa gamme le revêtement céramique.

Elle est l’article culinaire français le plus célèbre au monde. La poêle Tefal, née en 1954 du talent d’un ingénieur, Marc Grégoire, voit ses ventes décoller sept ans plus tard. Un succès obtenu grâce aux ménagères américaines et au soutien aussi involontaire qu’inattendu de la première dame des États-Unis. La photo de Jackie Kennedy, publiée dans un magazine new-yorkais, avec cette poêle à la main, lance outre-Atlantique le plus innovant des ustensiles de cuisson. De 4 500 poêles par semaine, la production atteint subitement le mois suivant le million d’unités !

Cette année-là, la société Tefal, créée en région parisienne, vient de s’installer à Rumilly, en Haute-Savoie, au plus près de la source d’aluminium, principale matière première de la fameuse poêle. Les Forges de Cran, qui comptent encore parmi les fournisseurs de Tefal, sont basées à 15 kilomètres. Désormais, c’est depuis Rumilly que Tefal conquiert la France et le monde. « Une belle aventure née grâce au procédé qui consiste à faire adhérer sur une base métallique une matière aux propriétés antiadhésives: le PTFE, ou polytétrafluoroéthylène, commente Xavier Sabourin, directeur marketing « articles culinaires » du groupe SEB, qui a racheté Tefal en 1968. Il a d’abord été commercialisé par DuPont de Nemours, mais très vite nous avons réalisé nos propres revêtements ».

« La poêle qui n’attache vraiment pas », selon un slogan des années 1950, va connaître de multiples évolutions. Techniques d’abord : « De monocouche, le revêtement devient multicouches, poursuit Xavier Sabourin. Puis on a beaucoup travaillé sur la structuration des fonds pour qu’ils gardent une surface plane ». En 2000, ce fond se pare d’un rond rouge, l’indicateur de température Thermospot, « point clé d’une cuisson réussie ».
La poêle adopte des couleurs, épaisseurs et diamètres différents. Sa poignée devient plus ergonomique, voire amovible dans la gamme Ingenio, très prisée au Japon. Elle se décline en version « tous feux » pour les adeptes de l’induction; inox, pour les inconditionnels de « l’authentique » ; et « 100 % recyclé », pour les écologistes. « L’innovation, ça fait partie de l’ADN de SEB », commente le directeur marketing.

« On a bien essayé une poêle carrée, mais elle n’a jamais vraiment marché. Les consommateurs sont assez traditionnels ».
2012 marque un nouveau tournant : l’arrivée du revêtement céramique. « Il n’a pas du tout les mêmes propriétés que le PTFE et nécessite de remuer souvent les aliments, mais il est destiné à des consommateurs qui recherchent une cuisson plus énergique, de type “sauté-remué”. Il permet aussi de proposer des intérieurs de couleur claire ». Testée commercialement sur des woks en 2011 chez Supor, filiale chinoise de SEB, la céramique intégrera bientôt une gamme complète de poêles, casseroles et sauteuses produites à Rumilly. « Mais elle sera complémentaire et ne dépassera pas 5 à 10 % du chiffre d’affaires des articles culinaires fin 2013 ».

Le téflon sous les feux

Il a été durant plusieurs années l’objet de soupçons. Le téflon, découvert par Du Pont de Nemours, est aujourd’hui considéré comme inoffensif. Matériau inerte, utilisé par exemple pour les surfaces des tubes des pontages coronariens, il ne constitue pas de danger pour la santé, dans des conditions d’utilisation normale, c’est-à-dire en dessous de 350° C (le beurre commence à roussir à 200°C). Téfal, qui réalise ses propres revêtements depuis longtemps, a vendu plus d’un milliard de poêles et de casseroles.