La chaussure Paraboot

400 C'est le nombre de paires de Paraboot fabriquées chaque semaine par Richard-Pontvert.

19 millions d’euros
C'est le chiffre d'affaires réalisé à Izeaux, dans le Dauphiné, en 2011-2012.

30 % C'est la part des exportations dans la production de Paraboot.

Le chic et la qualité

Née dans le Dauphiné, au coeur des montagnes, elle a conquis les citadins.

C’est à un simple cordonnier d’Izeaux, petit village du Dauphiné, que l’une des plus célèbres chaussures françaises, la Paraboot, doit son existence : Rémy Richard savait travailler le cuir. Il avait également le flair d'un entrepreneur. Nous sommes au début du 20e siècle. À l’époque, une vingtaine d’ateliers confectionnent des chaussures dans le village, avec l’aide des paysans et bergers des environs. L’hiver venu, ils cousent les peaux qui formeront les godillots destinés à arpenter les chemins de montagne. Coupeur de cuir dans l'un de ces ateliers, Rémy Richard n’entend pas le rester. Il se met rapidement à son compte, crée ses propres modèles et va les vendre à Paris. Il y rencontre Juliette Pontvert, une fille de notaire richement dotée. Suffisamment du moins pour servir ses projets : 1910 est à la fois l’année de leur mariage et de la création de leur manufacture de chaussures Richard-Pontvert, aujourd’hui encore dirigée par les descendants du couple. Blessé durant la Première Guerre mondiale, Rémy sera démobilisé et chargé de fabriquer les solides souliers des soldats. La paix revenue, sa production remporte un vif succès auprès d’une clientèle élargie et décroche des médailles à Paris, Grenoble ou Rotterdam.

Du caoutchouc qui transite par Para

Mais l’entrepreneur ne s’arrête pas en si bon chemin. Cet homme curieux découvre, lors d’un voyage outre-Atlantique, que les Américains protègent leurs pieds de la pluie par des sur-chaussures – ou boots – en caoutchouc. Il a l’idée géniale d’utiliser ce matériau pour remplacer le bois qui sert de semelle à ses souliers. De retour à Paris, il en fait venir d’Amazonie. La cargaison transite par un port du Venezuela, Para, dont le nom, associé au mot boots privé de son « s », formera sa nouvelle marque, Paraboot, déposée en 1927.
Dans l’entre-deux-guerres, le monde agricole compose encore l’essentiel de la clientèle de Richard-Pontvert. Il adopte sans réserve les Paraboot aux célèbres coutures, qui gardent les pieds au sec et au chaud.
Les années cinquante leur apporteront leurs lettres de noblesse : Julien Richard vient de succéder à son père, et la technique du plastique soudé ou collé envahit le marché de la chaussure. Mais le nouveau patron fait de la résistance et conserve sa semelle en gomme naturelle cousue. Grâce à cette exigence de qualité, la Paraboot accède au titre de produit haut de gamme.

À chaque époque son empreinte

Michel Richard, le dirigeant actuel, connaîtra tour à tour l’expansion, la chute et la renaissance : « Au début des années quatre-vingt, l’essentiel de la production Paraboot était vendu à l’étranger, explique Pierre Colin, directeur commercial. Lorsque le dollar est passé subitement de 4 à 10 francs, les ventes se sont effondrées aux États-Unis. » Confrontée au dépôt de bilan, la société ne devra son salut qu’au double soutien de ses fidèles clients et fournisseurs et à l’émergence d’une mode salutaire venue d’Italie, le sportswear, qui s’accorde si bien avec le fameux modèle Michaël, lourd et stylé, créé en 1945 à la naissance de Michel Richard. Les carnets de commande se remplissent à nouveau. L’activité repart de plus belle. Née et fabriquée dans le monde rural, Paraboot devient subitement la coqueluche des citadins. De Philippe Starck à Georges Clooney en passant par François Mitterrand, il n’est pas un homme célèbre qui n’ait chaussé le célèbre modèle au « cousu norvégien ».

Cousu norvégien

La fabrication d’une paire de Paraboot compte plus d’une dizaine d’étapes, de la découpe du cuir à la finition, ou « bichonnage ». Parmi elles, l'une est fondamentale : la couture. « Norvégienne », avec couture apparente, ou « goodyear » (du nom du frère de l’inventeur du pneu), elle est toujours pratiquée sur une trépointe, une bande de cuir glissée entre tige et semelle pour assurer l’isolation. Les deux types de couture nécessitent des machines spéciales, en voie de disparition. « Paraboot est le leader mondial du cousu norvégien », affirme Pierre Colin, directeur commercial.