Lejaby

repères

  • 1884

Création de Rasurel

  • 1930

Création de Lejaby

  • 1961-1966

Achat de Rasurel et Lejaby par les frères Bugnon

  • Jusqu’en 1996

Fort développement de la société (une dizaine de sites)

  • 1996

Rachat par Warnaco

  • 2003

Fermeture de quatre sites de production en France

  • 2008

Rachat par Palmers

  • 2008-2010

Fermeture de trois usines en France

  • Fin 2011

Liquidation de Lejaby

  • Janvier 2012

Reprise par Alain Prost et ses associés, création de Maison Lejaby

Alain Prost, pdg de LejabyAlain Prost, pdg de Lejaby

 

  • 2012

La marque de lingerie Princesse Tam-Tam reprend le site de Bourg-en- Bresse, avec 50 salariés, et présente sa collection d’hiver sous la marque Monette Paris

  • Janvier 2013

Lancement de la production des Atelières à Villeurbanne

Chiffres

Maison Lejaby a réalisé un chiffre d’affaires de 24 millions d’euros en 2012, limitant son
déficit à « un gros million d’euros » contre deux prévus.
Son objectif 2013 : 30 millions d’euros.
Objectif des Atelières : 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires en 2013.
La Région Rhône-Alpes soutient la SCIC des Atelières, avec une aide financière de 60 000 €.

Le luxe Lejaby

Une parure Maison Lejaby Couture coûte entre 250 et 350 €, un bustier 500 €. Un prix qui s’explique par la qualité des produits – dentelles, mailles, tulles, rubans… – qui  entrent dans la fabrication, mais aussi par leur technicité. Un soutiengorge ne compte pas moins de 50 pièces et sa conception nécessite 22 étapes de fabrication !

Taille standard

Depuis plus de vingt ans, le 90B constitue la taille étalon du soutiengorge. Les patrons  90B sont ensuite déclinés en 90A, 85C, etc.

Toutes mannequins

« Dans l’atelier de conception de Rillieux, nous essayons toutes les modèles que la styliste vient directement ajuster sur nous. Nous sommes toutes mannequins », explique Salah Driss, corsetière depuis onze ans chez Lejaby.

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La renaissance

Article paru dans le numéro 28 / Printemps 2013 du Journal Rhône-Alpes

Comme le phénix, Lejaby renaît de ses cendres. Devenue Maison Lejaby, l’entreprise lyonnaise tire derrière elle toute la filière, quasi disparue, de la lingerie française.

Personne ne donnait cher de Lejaby en janvier 2012. Ses deux derniers propriétaires, américain et autrichien, avaient conduit cette entreprise de Rillieux-la- Pape, près de Lyon, à la faillite fin 2011. Un désastre pour ce fleuron de la lingerie française, né au 19e siècle, qui signait aussi la mort d’un savoir-faire unique dans l’Hexagone.  Lorsqu’Alain Prost, ex-directeur de Chantelle et de La Perla, reprend l’entreprise, ses chances semblent infimes. Seuls ses associés croient en ce pari fou. Un an plus tard, la nouvelle Maison Lejaby présente avec fierté sa collection « Renaissance », à Paris, au Salon de la lingerie. Le nom résume douze mois d’efforts fournis par une équipe remobilisée. Les modèles, portés par les danseuses du Lido, sont des « Maison Lejaby Couture », dessous de luxe 100 % français. « L’avenir de Maison Lejaby existe ! », lance alors Alain Prost. Qu’importe si la collection « couture », dont les modèles seront commercialisés en juin, « numérotés et signés », ne représente encore qu’une part minime de la production.

« Nous allons en insuffler l’esprit sur toutes les collections », promet le PDG, qui vise 20 à 25 % de « made in France » d’ici cinq ans. L’entreprise, qui a « perdu la moitié de ses clients au cours des cinq dernières années », doit aussi vendre les collections de ses prédécesseurs, produites à l’étranger. Après avoir « reconstruit tout le réseau international », le repreneur part à la reconquête des grandes enseignes : « On a déjà récupéré les Galeries Lafayette, Le Printemps, Harrods… » Pour réussir, il se donne trois ans. Lors de la reprise, il avait dû se séparer de l’atelier d’Yssingeaux, en Haute-Loire, pour sauver le site de Rillieux. Depuis, il a déjà embauché une vingtaine de personnes, « des jeunes, surtout, pour assurer la transmission des savoir-faire ». Maison Lejaby compte 200 salariés, dont 70 dans les magasins et 130 à Rillieux où sont conçus et fabriqués les prototypes. Passés les premiers doutes, l’adhésion du personnel à la Maison Lejaby est totale : « En un an, beaucoup de choses ont évolué dans le bon sens, commente Nicole Mendez, syndicaliste, ex-couturière aujourd’hui à la logistique. L’entreprise est managée par un homme et pas par un fonds de pension ! On parle maintenant de relocalisation… Les copines ont retrouvé le goût au travail. »

L’aventure est d’autant plus belle qu’elle en a engendré une autre, celle des Atelières, installées à Villeurbanne. Depuis le 14 janvier 2013, celles-ci partagent, avec un atelier de la Sarthe, la fabrication de la collection Couture de Maison Lejaby.

Les Atelières, de l’or au bout des doigts

Les Atelières, c’est le fruit d’une rencontre. Celle de Muriel Pernin, communicante, « touchée, dit-elle, par la disparition des métiers de notre pays », et de Nicole Mendez, ouvrière chez Lejaby, dont le discours lors d’un meeting en janvier 2012 l’a émue. « À l’époque, explique Muriel, je venais d’apprendre que le repreneur de Lejaby ne gardait pas l’atelier d’Yssingeaux. Je me suis dit : et si on trouvait une solution de l’après dernière chance ? Nicole est la première personne que j’ai appelée. » Les deux femmes imaginent ensemble un moyen pour relancer la production de lingerie. Elles s’adressent au nouveau propriétaire de l’entreprise de Rillieux. « On a vu qu’on n’était pas ennemis… » Pour produire français, la nouvelle Maison Lejaby, dont l’activité se limite à la production de prototypes, a besoin d’ateliers de lingerie.
Or, en 2012, il n’en reste qu’un, débordé par les commandes. « Nous, nous avions besoin de clients, commente Muriel Pernin, affirmant avec le recul : sans l’engagement d’Alain Prost de nous confier une partie de sa production, nous n’y serions jamais allées ! » En juillet 2012, au Salon de la lingerie, les Atelières et la Maison Lejaby signent un contrat de partenariat. L’aventure commence.
Les deux fondatrices surmontent des problèmes de financement grâce, entre autres, à une souscription et à des subventions de l’État et de la Région. Plus dur, en revanche, sera le recrutement des 25 personnes indispensables au projet. « Avec les anciens sites Lejaby, nous pensions avoir un vivier, explique Nicole. Mais Yssingeaux a été transformé en atelier de maroquinerie et les anciennes de Bourg-en-Bresse, du Teil, de Beynost, Vienne ou encore Firminy étaient pour la plupart trop loin ou trop âgées pour vouloir nous rejoindre. »
Les deux femmes se tournent alors vers Pôle emploi et montent un plan de formation « sur mesure » avec l’école lyonnaise Sup de mode, et surtout le lycée Adrien-Testud, du Chambon-Feugerolles, l’un des derniers en France à proposer une section lingerie. « Eux qui n’avaient que deux ou trois jeunes par année, ça leur a fait drôle de former plus d’une vingtaine de personnes de 20 à 60 ans… » Pari réussi : les Atelières emploient aujourd’hui 26 personnes, dont 3 hommes. « La formation était au top. Ils en savent plus que moi, ils ont de l’or au bout des doigts ! », s’émerveille Nicole. « Nous avons tout de même six ex- Lejaby, dont quatre couturières », se félicitent Nicole, salariée de Maison Lejaby, et Muriel, P-DG « non rémunérée » des Atelières. Le 14 janvier 2013, l’activité de la société coopérative d’intérêt collectif démarrait dans les 450 m2 de Villeurbanne, et huit jours plus tard sortaient de l’atelier 24 parures « Crystal » commandées par la Maison Lejaby. « Notre première vraie production », a souligné Muriel Pernin, qui revendique déjà trois autres clients fermes et plus d’une quarantaine de propositions commerciales.

Ils ont dit

« L’aventure des Atelières, c’est l’Himalaya en tongs !”
Muriel Pernin

« Les Atelières et Maison Lejaby, c’est la même cordée.”
Alain Prost

« Je ne connaissais de la lingerie que celle que je portais.”
Muriel Pernin

« On a dit de nous : ils sont fous ! Mais la folie a du bon.”
Nicole Mendez