Ambierle se livre

Repères

De 984 à 1048
reconstruction de l’abbaye dédiée à Saint-Martin, devenue prieuré en 1101 et autour de laquelle le village s’est développé.

XVe
reconstruction du prieuré et de l’église en pierres dorées.

1951
Alice Taverne ouvre un musée du terroir, qui devient le musée Alice-Taverne en 1982.

2007
Ambierle est Village de caractère et Village du livre.

Les villages du livre
L’idée, folle, est née en 1963 dans la tête d’un libraire gallois : celle de transformer la minuscule commune de Hay-on-Wye, dans le Brecon Beacons, en repaire de bouquinistes. La formule eut du succès, notamment touristique, et fit des petits, avec une quarantaine de Villages du livre dans le monde, dont huit en France et un seul en Rhône-Alpes : Ambierle.

Trois bouquinistes
Il y a trois bouquineries à Ambierle : Le Rayon ardent, créée par Jo Taboulet, spécialisée dans la sciencefiction et le fantastique, Fleur de Sapience, tenue par Jean-Marc Didillon, spécialisée dans les beaux livres et les livres rares, et Aux mots magiques, boutique de Carlita, qui vend beaucoup d’ouvrages pou  les enfants et sur la pédagogie.

Ambierle se livre

Article paru dans le numéro 30 / Automne 2013 du Journal Rhône-Alpes


Pour mieux servir son beau patrimoine, Ambierle, dans le Roannais, est devenu Village du livre en 2007. Depuis deux ans, un festival d’été ouvre ses rues aux spectacles. Car le patrimoine n’a d’intérêt que vivant. Parole de maire.

Les dépliants touristiques ne mentent pas. À vingt minutes de Roanne, Ambierle a du chien, campé sur un promontoire au vert tenace. Quand on l’approche par la départementale, on se laisse surprendre par la beauté annoncée du site clunisien : les tuiles vernissées de l’église prieurale luisent au soleil. Puis, dans le bourg, une ruelle mène à la maison d’Alice Taverne, devenue un musée du patrimoine populaire local.
« Notre village est beau, mais ce n’est pas qu’un décor, s’exclame Philippe Duverger, le maire. Le patrimoine doit vivre. Il faut aussi qu’il accueille des événements festifs et culturels. L’animation fait partie des obligations des Villages de caractère.» Depuis 2007, en effet, Ambierle est un des onze Villages de caractère de la Loire. Au-delà du label, cette appellation lui assure des aides pour développer le tourisme et améliorer le cadre de vie des habitants. Pour le caractère, reste à faire confiance aux 1 870 habitants et aux 32 associations locales. Pas moins !

Trois harmonies, 400 parts de tarte

Du 3 au 7 juillet 2013 s’est déroulée la 2e édition du festival des arts de la rue Les Voyages d’Ambierle. Quelque 4000 festivaliers ont rallié le village, dont le centre a été fermé à la circulation. L’association organisatrice a bien choisi son nom, Karac-Terre : « C’est un clin d’oeil au label, mais cela veut dire aussi art, acte et terre, lâche en souriant Emmanuel Thomas, un « pro » de la culture né dans un village voisin, bénévole, comme tout le monde. L’idée est d’amener des artistes ici et d’impliquer les habitants dans l’organisation et dans les spectacles. »
Une conseillère municipale, membre de l’association Familles rurales d’Ambierle, Cécile Barou, pilote l’équipe de restauration, qui a confectionné pas moins de 400 parts de tarte. Côté spectacle, les artistes, comme la chanteuse péruvienne Mirtha Guerrero ou le chorégraphe Yuval Pick, venu de Rillieux-la-Pape. Trois harmonies des environs ont donné un ciné-concert avec les Inattendus. Enfin, les organisateurs ont investi aussi le fameux « décor » ambierlois, des boutiques à l’école, en passant par la cour Saint-Charles, ou celle du jardin du musée Alice-Taverne.

L’atout livre d’Ambierle

En cette rentrée, place aux bouquins et autres recueils ! Le 8 septembre, un marché du livre envahira les rues d’Ambierle avant, les 12 et 13 octobre, un salon BD et science-fiction, qui accueillera des invités comme Philippe Luguy, le père de Percevan, ou Tatiana Domas, magnifique illustratrice du Royaume d’Estompes. L’événement est pointu ? C’est qu’Ambierle n’est pas un village comme les autres. Depuis 2007, c’est un des huit Villages du livre de France (voir encadré) qui compte trois bouquineries, cinq marchés du livre par an, des ateliers amateurs de reliure et d’imprimerie. C’est un bouquiniste local, Jo Taboulet, aujourd’hui associé à son confrère Jean-Marc Didillon, qui a lancé l’aventure. Ancien instituteur, fervent de l’éducation populaire, Jo est un « âne venu » (voir encadré). Mais, organisateur du Festival de la science-fiction de Roanne, de 1979 à 2007, il est aussi fan de science-fiction, dévoreur de BD, amateur de demain – son oeil s’éclaire, « demain, c’est-àdire dans 3 000 ans ! », précise-t-il.
En 2005, sa ferveur a convaincu le maire d’Ambierle de l’accompagner à Cuisery, en Bourgogne, Village du livre depuis 1999. « J’en suis revenu séduit, confie Philippe Duverger. Nous avions peu de moyens pour aider l’implantation des libraires, mais la volonté de le faire. C’est un véritable atout pour la commune. Les livres et vieilles pierres s’accordent bien ! » En réunion avec l’élu, Jo Taboulet s’enflamme : « Le Village du livre est une chance, un label pour Ambierle, pas une simple association. »
Ces derniers temps, cependant, la belle aventure a connu quelques ralentissements. Les boutiques, qui furent jusqu’à sept, ne sont plus que trois en raison d’un foncier cher et rare. Les ateliers de reliure et d’imprimerie fonctionnent au gré des disponibilités de leurs animateurs. Mais, à la veille de cette rentrée sous le signe du livre, Jo ne manque pas d’idées : « On pourrait faire des animations dans des écoles, davantage d’ateliers autour de la reliure ou de l’imprimerie, des lectures, un café littéraire. » Philippe Duverger réfléchit, lui, à créer « un poste d’animation autour du Village du livre. Via le service civique, par exemple ». Pour Jean-Marc Didillon et Jo Taboulet, il est aussi capital d’inviter les bouquinistes et amateurs de livres à s’installer dans le village. Avis aux passionnés.

L'étonnante Alice Taverne

Le musée Alice-Taverne est issu de la collection d’une femme étonnante. Née en 1904, élevée dans l’admiration des savants, elle arrive à Ambierle, berceau familial, en1930. Elle se lance, avec son père, dans une recherche ethnographique sur les croyances, coutumes et légende du Forez et du Roannais. Puis, de la mort de celui-ci, en 1950, jusqu’à son décès, en 1969, elle se consacre à la création d’un musée du terroir. Elle écrivit beaucoup, mais collecta aussi énormément d’objets populaires, qui constituent l’impressionnant fonds du musée.