La seringue

Un Isérois invente l’aiguille creuse

Polytechnicien et médecin né à Pont-de-Beauvoisin, en Isère, Charles-Gabriel Pravaz n’a pas inventé la seringue mais l’aiguille creuse, un trois-quarts (trocart) qui servait notamment à l’injection de perchlorure de fer. Cette seringue était formée d’un corps de pompe et d’un piston pourvu d’un pas de vis. Il a, en quelque sorte, perfectionné un instrument utilisé depuis l’antiquité, plus connu par la suite sous le nom de clystère et rendu célèbre par les comédies de Molière.

12 milliards

L’usine de Becton Dickinson à Pontde-Claix a produit plus de 12 milliards de seringues. Le site isérois, siège mondial de l’une des divisions du groupe américain, emploie 1 700 personnes, dont 900 à la production de seringues dans deux ateliers, l’un pour de grands volumes (jusqu’à 10 millions d’unités par an), l’autre pour de petites séries. 100 millions de dollars ont été investis ces cinq dernières années dans l’usine de Pont-de-Claix spécialisée dans les seringues haut de gamme, 30 millions le seront en 2013 dans les infrastructures (salle blanche notamment) et dans de nouvelles machines. 70 % de la production est exportée, en Europe essentiellement.

Un objet originaire de l'isère

Perfectionnée par un médecin isérois, la seringue est une spécialité de l’industrie pharmaceutique rhônalpine. En deux versions : vide ou préremplie.

Dans votre vie, il y a une forte probabilité que vous ayez été piqué par une seringue de Pont-de-Claix. » Pour étayer son affirmation, Jean-François Blanc, directeur de Becton Dickinson, s’appuie sur une donnée : son usine iséroise fabrique 40 % du nombre total de seringues préremplissables produites dans le monde.
Elle fournit uniquement des seringues en verre à des laboratoires pharmaceutiques. À la différence des seringues injectables, elles sont garanties trois ans, étanches et sans particules de verre.
Quatre éléments composent une seringue : un corps en verre doté d’une aiguille ou d’un connecteur à vis, un capuchon en caoutchouc, un joint et un piston qui sert à pousser la solution médicamenteuse. À Pont-de-Claix, on forme le corps de la seringue à partir de cannes de verre provenant de Suisse ou d’Allemagne. L’usine ne fabrique pas les caoutchoucs, ni les pistons, ni les joints de piston, qu’elle lave et conditionne. Elle assure également la siliconisation, qui facilite le glissement du piston.
Selon le médicament et l’utilisation, en intraveineuse ou en intramusculaire, le type de verre, la taille de la seringue, la qualité du caoutchouc varient pour répondre aux exigences de plus en plus pointues des laboratoires et organismes de contrôle sanitaire. « Il faut au moins cinq ans avant la mise sur le marché pour développer une seringue avec nos équipes de recherche », explique Jean-François Blanc.
Le marché des seringues préremplissables a été porté dans les années 1980-1990 par les vaccins et les anticoagulants, notamment. Il s’oriente aujourd’hui vers les biotechnologies et se stabilise malgré les qualités intrinsèques du verre.
Pionnier des médicaments injectables, le laboratoire Aguettant a innové avec ce type de seringues qui « simplifient et sécurisent l’administration de médicaments », selon Guillaume Bonnefond, directeur de la recherche de cette société lyonnaise. Ces seringues en plastique, prêtes à l’emploi, minimisent le risque d’infection microbienne ou nosocomiale : elles sont directement branchées sur des cathéters.
Les composants de ces seringues sont fabriqués par des partenaires d’Aguettant : le corps par Union Plastic en Haute-Loire, le joint de piston en Normandie. Le laboratoire lyonnais assure la préparation de la solution, le remplissage sous atmosphère contrôlée, la stérilisation, l’étiquetage et le conditionnement.
Lancées en 2009, commercialisées en France, en Angleterre, en Belgique et en Scandinavie, ces seringues contiennent pour certaines de l’éphédrine, un décongestionnant qui renforce l’action de l’adrénaline. De nouveaux développements sont en cours chez Aguettant pour quatre molécules. Plus légères, plus faciles à transporter et non cassables, elles visent de nouveaux marchés, en particulier aux États-Unis.

Une nouvelle usine pour Aguettant à Lyon en 2015

Fondé en 1903, Aguettant a été le pionnier des médicaments injectables pour les hôpitaux et les blocs opératoires, et pour la nutrition par intraveineuse. En flacon, en ampoule en verre, en bidon, en poche souple pour perfusion. Le laboratoire lyonnais possède sa propre usine de seringues plastiques à Champagne, en Ardèche. Il a également développé des stylos injecteurs pour faciliter l’autoadministration de médicaments par des personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Indépendant, Aguettant emploie 500 personnes, pour un chiffre d’affaires de 92 millions d’euros. L’entreprise investit 22 millions sur un nouveau site à Gerland à Lyon : il comprendra 5 800 m2 de locaux de production, 2 000 m2 de bureaux et 1 000 m2 de laboratoires. Ces installations devraient être opérationnelles en 2015.